Navigation Bar
ACDI/CIDA
 
Réunions Ministérielles

Rapport d'un colloque organisé par le Programme d'études stratégiques et de
sécurité internationale de l'Institut de hautes études internationales de l'Université de
Genève


Les 8 et 9 mars 2001

Rapport préparé par Nicole Ball (experte-conseil)

15 avril 2001


Sommaire

En prévision de la troisième Réunion ministérielle du Réseau pour la sécurité humaine qui a eu lieu en mai 2001, le Programme d'études stratégiques et de sécurité internationale de l'Institut de hautes études internationales a réuni des spécialistes non gouvernementaux et des représentants de gouvernements membres du Réseau à la demande du gouvernement de la Suisse. La réunion s'était donné trois objectifs : 1) explorer les liens entre la sécurité humaine et le développement humain; 2) initier un dialogue entre les communautés s'intéressant à la sécurité humaine et celles s'intéressant au développement humain; 3) contribuer à l'élaboration d'un plan d'action en matière de politiques pour le Réseau pour la sécurité humaine.

Lien entre le développement et la sécurité

Le manque d'interaction qui a marqué les relations entre la communauté oeuvrant dans le secteur de la sécurité et celle oeuvrant dans le secteur du développement à l'époque de la guerre froide s'estompe lentement depuis que les intervenants de ces communautés ont commencé à intégrer une dimension humaine à leurs politiques. En effet, on réalise de plus en plus que le progrès repose fondamentalement sur le concept de sécurité dont les piliers sont l'individu et la collectivité.

Les participants au colloque ont discuté des deux approches différentes qu'on a adoptées face à la sécurité humaine au cours des années 90. Selon la première approche, le développement humain et la sécurité humaine sont essentiellement équivalents; elle propose que la sécurité humaine consiste entre autres à atténuer tous les types d'insécurité humaine. La deuxième approche est davantage axée sur la protection des personnes et des collectivités contre la violence. La plupart des participants au colloque se sont entendus pour dire que la sécurité humaine et le développement humain sont des concepts distincts mais complémentaires. Les participants ont accepté, en tant que fondement d'une réflexion plus poussée, la proposition selon laquelle l'absence de la menace de violence se loge au coeur de la sécurité humaine. De plus, ils ont déterminé les trois composantes de la violence - le conflit, le crime et la répression - qui, selon eux, devraient revêtir une importance égale dans le plan d'action en matière de sécurité humaine.

Les participants ont également discuté d'un indice de sécurité humaine proposé. En reconnaissant qu'un tel indice jouerait un rôle central dans la définition du concept de sécurité humaine, ils ont fortement appuyé l'idée de mesurer l'insécurité de façon tant subjective qu'objective. Une intervention convaincante a souligné l'importance de mesurer les niveaux de peur et de la contextualiser. On s'est beaucoup intéressé à l'utilisation de méthodes de recherche participative.

Tout au long de la discussion, un thème a fait l'objet de débats importants : le double rôle des États, qui sont considérés comme une menace importante à la sécurité humaine et un outil de taille pour assurer la sécurité humaine. Un nombre considérable de participants du Nord et du Sud se sont dits en faveur de l'idée d'accorder la priorité à la création d'États démocratiques efficaces et efficients. De plus, les participants ont insisté sur l'importance d'inclure des facteurs spécifiques au sexe dans toutes les activités liées à la sécurité humaine. Enfin, on a reconnu que les droits de la personne constituaient un pont entre la sécurité humaine et le développement humain.

Stratégies pour la mise en oeuvre d'un plan d'action pour la sécurité humaine

Les participants ont enjoint au Réseau pour la sécurité humaine d'adopter une vision globale de la violence en élaborant son plan d'action pour la sécurité humaine. Ayant établi que le conflit, le crime et la répression sont au coeur de la violence, les participants ont laissé entendre que les liens entre la sécurité humaine et le développement humain sont particulièrement forts dans les domaines suivants :

  • faire respecter la primauté du droit;
  • promouvoir le respect des droits de la personne;
  • empêcher l'accès privilégié aux ressources économiques et financières;
  • s'assurer que soient mis en place des mécanismes de résolution non violente de conflits sociaux;
  • établir un niveau de stabilité politique suffisant pour encourager les individus à investir dans un développement susceptible de réduire la pauvreté.

Les participants au colloque ont déterminé cinq domaines prioritaires où ces liens pourraient être mis en oeuvre :

  • gouvernance : renforcement de l'imputabilité et de la transparence, notamment renforcement des capacités humaines, dans le secteur public et dans la société civile;
  • transformation du secteur de la sécurité : renforcement de l'imputabilité des forces de la sécurité envers les autorités civiles élues démocratiquement, en insistant tout spécialement sur l'amélioration de la qualité des appareils de justice pénale;
  • consolidation de la paix : intégration d'une perspective de la sécurité humaine dans tous les aspects de la consolidation de la paix de façon à ce que les gens veuillent investir dans la reconstruction de leur société;
  • partenariats : collaboration avec des partenaires clés, y compris la société civile et le monde des affaires;
  • développement des capacités au niveau local : renforcer la capacité des intervenants locaux de participer au plan d'action pour la sécurité humaine, surtout les spécialistes civils en matière de sécurité humaine et en matière de sécurité, de façon plus générale.

En outre, les participants ont cerné trois facteurs importants qui limitent l'établissement de liens entre la sécurité humaine et le développement humain : la mentalité « axée sur le cloisonnement » des intervenants clés qui les pousse à considérer les problèmes (et les solutions stratégiques créatives) comme étant essentiellement distincts; la difficulté d'amener les gouvernements à s'engager à élaborer des stratégies de prévention; le manque de motivation de certains gouvernements à adopter un comportement uniforme face aux objectifs du développement humain et de la sécurité humaine.

Propositions pratiques pour un plan d'action

L'impératif de combler l'écart entre le Nord et le Sud a constitué un thème récurrent, voire prépondérant, dans le cadre des discussions du colloque. On a laissé entendre qu'on pourrait davantage promouvoir cet objectif si les membres du Réseau allaient au-delà des olitiques de coordination pour entreprendre des activités conjointes précises dans le but d'établir des liens entre la sécurité humaine et le développement humain. Les participants ont proposé d'explorer les possibilités de renforcement des capacités de la société civile dans les pays membres et d'établissement de liens directs entre l'aide au développement et la sécurité humaine.

Les travaux de la société civile doivent mettre l'accent sur les éléments suivants :

  • renforcement des capacités, surtout dans le but de faire avancer la cause de la responsabilisation des institutions étatiques et de contribuer à résoudre de manière non violente les conflits sociétaux;
  • renforcement des liens entre la société civile et les intervenants non gouvernementaux dans les pays membres du Réseau.
  • Les participants ont relevé plusieurs domaines qui pourraient profiter d'un couplage entre l'aide au développement et la sécurité humaine :
  • promotion du respect des droits de la personne, y compris l'éducation en matière des droits de la personne;
  • établissement et respect de la primauté du droit;
  • renforcement de la capacité du secteur de la sécurité, en particulier de la police et des autres membres de l'appareil de justice pénale, à assurer la sécurité des citoyens.

Si les membres du Réseau décident de poursuivre des initiatives liées à la société civile et à l'établissement de liens entre la sécurité humaine et l'aide au développement, les ressources du Réseau seraient maximisées si les activités entreprises dans ces deux domaines étaient complémentaires. Par exemple, si le Réseau voulait renforcer la promotion des droits de la personne par l'entremise de l'aide au développement, il serait logique de cibler également les travaux d'une société civile portant sur les droits de la personne et soutenus par le Réseau.

Introduction

En prévision de la troisième Réunion ministérielle du Réseau pour la sécurité humaine, qui a eu lieu à Petra, en Transjordanie, en mai 2001, le Programme d'études stratégiques et de sécurité internationale de l'Institut de Hautes Études Internationales de l'Université de Genève a reçu, les 8 et 9 mars 2001, une assemblée de spécialistes non gouvernementaux et de représentants de pays membres du Réseau. La réunion, organisée à la demande du gouvernement de la Suisse, s'est donnée trois objectifs:

  • Explorer les liens entre la sécurité humaine et le développement humain, et ce en s'attachant aux situations où les insécurités humaines ont des effets nuisibles au développement humain.
  • Initier un dialogue entre les communautés s'intéressant à la sécurité humaine et celles s'intéressant au développement humain, en évitant de privilégier un aspect au détriment de l'autre.
  • Contribuer à l'élaboration d'un plan d'action en matière de politiques pour le Réseau pour la sécurité humaine, qui explore comment l'édification de la sécurité humaine contribue de manière fondamentale au processus de développement.

Les expériences, les cultures et les systèmes politiques des États formant le Réseau pour la sécurité humaine varient considérablement. Cet état de fait représente à la fois une force et un défi. La diversité des voix rend possible un dialogue riche et offre l'occasion d'évaluer les idées proposées à la lumière de diverses perspectives nationales. Cependant, la réconciliation de ces perspectives peut poser des difficultés.

Les membres du Réseau reconnaissent que l'élaboration d'approches communes à la question de la sécurité humaine exigera un dialogue visant à mettre en lumière les différends et à proposer des réponses qui tiendront compte des besoins des différentes sociétés en cause. Au cours de l'atelier de mars, les participants ont déterminé qu'il serait utile d'accomplir des activités conjointes, comme des ateliers et des projets de collaboration, pour initier et approfondir un tel dialogue.

  1. Le lien entre développement humain et sécurité humaine

    Entrée en matière

    Le lien entre sécurité et développement revêt aujourd'hui une importance capitale dans l'élaboration de politiques internationales. Jusqu'à récemment, cependant, la communauté _uvrant à la sécurité et celle _uvrant au développement travaillaient chacune en vase clos; et la question des liens entre sécurité et développement a été imparfaitement explorée.

    À l'époque de la guerre froide, la politique des superpuissances et de leurs alliés, en matière de sécurité, visait à s'assurer l'appui de gouvernements amis à l'échelle du monde. L'aide militaire était conséquemment axée sur la transmission d'expertise militaire ou policière, ou sur le transfert d'armes et d'autres équipements policiers ou militaires. On a certes offert au cours de la guerre froide un soutien économique non négligeable aux principaux alliés des grandes puissances de la guerre froide, mais l'objectif de ce soutien était de réduire la charge portée par le secteur de la sécurité du récipiendaire, et non de promouvoir le développement, même si cette aide était fournie par des organismes d'aide au développement.

    Les agences d'aide au développement bilatéral ou multilatéral, pour leur part, ont cherché à éviter de se mêler du secteur de la sécurité au cours de la guerre froide, puisqu'un tel engagement était vu comme une ingérence dans la souveraineté des États qui recevaient l'aide en question et ainsi se situait hors des mandats de la majorité des agences en cause. De façon particulière, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont invoqué des clauses de leurs accords selon lesquelles il ne faut pas tenir compte du caractère politique d'un pays lorsqu'on élabore des programmes avec des gouvernements membres pour justifier le fait qu'ils ne se sont pas mêlés au secteur de la sécurité.

    Leçons tirées de l'aide policière américaine

    De 1973 à 1986, le Congrès américain a interdit toute aide économique ou militaire aux forces policières étrangères. On l'a poussé à adopter une loi en ce sens parce que les États-Unis avaient par le passé fourni une aide policière à des gouvernements répressifs qui avaient commis de graves atteintes aux droits de la personne. Cette aide avait été fournie par le Bureau de la sécurité publique du USAID, qui a été fermé une fois que la loi a été adoptée. À la fin des années 80, lorsqu'on a cessé d'aider les forces policières étrangères, l'aide aux pays étrangers a été fournie par le ministère de la Justice des États-Unis. Même aujourd'hui, USAID hésite beaucoup à participer à des activités liées au secteur de la sécurité.

    De plus, dans les cercles de développement, on considérait alors que le développement constituait une condition essentielle de la sécurité et qu'un développement économique accru entraînerait une réduction des conflits nationaux internes et peut-être même des conflits entre nations.

    De plus, certains organismes d'aide au développement comme la US Agency for International Development, qui ont vécu de mauvaises expériences en aidant les secteurs de la sécurité de pays partenaires au cours de la guerre froide se sont mis à s'intéresser de moins en moins à ce genre d'activité, même après la fin de la guerre froide.

    Depuis quelques années, le débat se déroule sur un terrain plus fertile, puisque les intervenants, tant dans le domaine de la sécurité que dans le domaine du développement, ont commencé à intégrer à leurs politiques les facteurs humains. Dans le domaine du développement, les questions comme la réduction de la pauvreté, le micro-crédit et le « développement participatoire » ont élargi un débat jadis axé presque exclusivement sur la croissance et le développement économiques, pour en faire un débat intégrant des enjeux tels que les aspects sociaux et humains du développement et de la gouvernance économique et politique. On peut citer à titre d'exemple le travail accompli sur le développement humain par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et l'indice de développement humain publié une fois l'an par le PNUD.

    Dans le domaine de la sécurité, l'usage croissant au sein de l'ONU du concept de sécurité humaine, la création du Réseau pour la sécurité humaine et celle d'une commission indépendante, la Commission on Human Security (Commission sur la sécurité humaine), ainsi que la proposition voulant que soit créé un nouveau rapport, ont aidé à mettre en lumière les besoins en matière de sécurité des personnes et des communautés au sein des États. Les intervenants dans le domaine du développement prennent conscience du fait que la sécurité représente une condition nécessaire du développement, et que la maîtrise des conflits et une saine gouvernance du domaine de la sécurité sont des facteurs critiques à sa réussite.

    Le moment est donc opportun de nous pencher sur le lien entre développement humain et sécurité humaine. Nous constatons aujourd'hui un intérêt croissant parmi la communauté du développement et parmi celle de la sécurité envers la possibilité de mettre en _uvre des approches axées sur l'humain. Nous constatons également une conscience accrue du fait que l'absence de développement et l'étendue de l'insécurité sont l'une et l'autre fondées sur ce que le centre de recherche WIDER de l'Université des Nations Unies a baptisé « inégalités horizontales » - un accès inéquitable aux ressources économiques, culturelles et politiques des groupes d'identité définis par des caractéristiques comme la classe sociale, l'appartenance ethnique, la profession, l'origine géographique ou la religion. Le Réseau pour la sécurité humaine est cependant appelé à aller au-delà du simple examen des liens entre la sécurité humaine et le développement humain; il devra également élaborer un plan d'action relatif aux politiques visant à accroître les possibilités d'un développement centré sur l'humain qui réduise la pauvreté, et visant aussi la création d'environnements stables et sûrs où ce développement puisse se produire.

    Les différentes conceptions de la sécurité humaine

    On reconnaît volontiers aujourd'hui que dans les sociétés où les conditions minimales de la sécurité humaine des personnes et des collectivités ne sont pas satisfaites, le développement humain durable est difficile sinon impossible à atteindre. La situation est encore exacerbée si le pays a connu de longues périodes de conflit. Une inquiétude subsiste cependant, principalement dans certains pays du Sud où l'on craint que la priorité accordée à la sécurité humaine pourrait occulter les besoins tout aussi réels en matière de développement. Cette inquiétude est amplifiée par le fait que nombre des sources de l'insécurité humaine sont tributaires d'une absence de développement, plutôt que d'une menace de violence.

    La tension entre ces deux visions est apparue dès le début des discussions sur le concept de la sécurité humaine, et a été reflétée par les débats lors du colloque de Genève. Plusieurs participants ont signalé le fait que la maladie et les carences au chapitre de la santé, souvent exacerbées par une alimentation déficitaire, sont cause de plus de décès annuels que ne le sont les conflits armés. La pandémie VIH/SIDA a été citée à ce sujet, étant donné les effets dévastateurs qu'elle a eus sur les personnes, les familles, les communautés, les possibilités de développement économique et même sur la capacité des institutions de l'État. Les participants ont également cité, parmi les sources d'insécurité humaine, la croissance démographique non contrôlée, la détérioration de l'environnement, la pollution, le trafic de drogues, le terrorisme international, l'instabilité financière, l'instabilité commerciale, les inégalités mondiales et les inégalités tant politiques que sociales.

    Un facteur qui vient compliquer la tentative de déterminer les liens entre développement humain et sécurité humaine est le flou conceptuel qui entoure la notion de sécurité humaine. Les travaux du Programme des Nations Unies pour le développement, tout particulièrement le Rapport sur le développement humain, a permis à de nombreux intervenants du domaine du développement de mieux connaître les composantes du développement humain.

    Le développement humain

    « En dernière analyse, le développement humain est axé sur les gens, sur l'emploi et sur la nature. Il accorde une priorité absolue à la réduction de la pauvreté, aux emplois productifs, à l'intégration sociale et à la régénération de l'environnement. Il maintient l'équilibre entre les chiffres de la population, les capacités de résistance du tissu social et la capacité de charge de la nature. Il accélère la croissance économique et veille à ce qu'elle débouche sur une amélioration des conditions de vie de l'humanité, sans détruire le capital naturel nécessaire pour préserver les chances des générations futures. Il n'ignore pas que le progrès suppose d'améliorer de façon spectaculaire la condition des femmes et de leur ouvrir toutes les composantes de l'économie. Le développement humain durable vise à responsabiliser les gens et doit leur permettre de jouer un rôle de bâtisseur et de participer aux processus et événements qui régissent leur vie. »

    Source : PNUD, Rapport sur le développement humain 1994, New York : Oxford University Press, 1994, page 4.

    Pour ce qui est de la sécurité humaine, rien de tel n'a été fait. Le discours sur la sécurité humaine, au cours des années 1990, comportait deux composantes plutôt distinctes.

    La première approche, en matière de sécurité humaine, a été énoncée par le PNUD dans son Rapport mondial sur le développement humain, publié en 1994. L'approche dite « de développement humain » affirme que la vision de la sécurité ne doit pas s'intéresser exclusivement aux nations et aux territoires, mais aussi aux individus, et que ces derniers doivent être logés au c_ur du débat sur la sécurité. Qui plus est, les gens doivent être en sécurité en tous lieux: dans leurs demeures, au travail, sur la rue, dans leurs communautés et dans leur environnement. Les principales catégories de l'insécurité humaine sont les suivantes : 1) non-vérification de la croissance démographique; 2) dégradation de l'environnement et pollution; 3) trafic de drogue; 4) terrorisme international; 5) instabilité financière; 6) instabilité commerciale; 7) inégalités dans le monde. Pour les tenants de cette approche, le développement, et non l'usage de la force, est le meilleur gage de sécurité. De plus, la meilleure façon d'assurer la sécurité humaine, c'est de tenir compte de toutes les composantes de l'insécurité humaine.

    Le PNUD a donc déterminé neuf aspects de la sécurité humaine, qui sont reflétés dans le plan d'action du développement humain et la liste des causes de l'insécurité humaine : 1) la sécurité économique, 2) la sécurité financière, 3) la sécurité alimentaire, 4) la sécurité en matière de santé, 5) la sécurité de l'environnement, 6) la sécurité personnelle, 7) la sécurité sexuelle, 8) la sécurité communautaire et 9) la sécurité politique. Selon le PNUD, il faut prendre chacune de ces dimensions en considération pour renforcer la sécurité humaine.

    L'humanisation de la sécurité

    « Toute une gamme de menaces anciennes ou nouvelles, depuis les épidémies et les catastrophes naturelles jusqu'au changement climatique et aux chocs économiques, pèsent sur la sécurité humaine. Dans le cadre de sa politique étrangère, le Canada a choisi d'axer son plan d'action pour la sécurité humaine sur la promotion de la sécurité des personnes, c'est-à-dire sur la protection des individus contre des menaces de violence. Nous avons choisi de mettre cet aspect en relief parce que nous croyons que c'est sous cet angle que le concept de la sécurité humaine est le plus utile, du fait qu'il vient s'ajouter aux plans d'action internationaux déjà en place, centrés sur la promotion de la sécurité nationale, des droits de la personne et du développement humain. »

    Source  : Gouvernement du Canada, ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, Vivre à l'abri de la peur : La politique étrangère du Canada et la sécurité humaine, Ottawa, 2000, www.dfait-meaci.gc.ca, p. 5.

    La seconde approche en matière de sécurité humaine, qui est bien présentée dans le rapport du gouvernement du Canada intitulé : « Vivre à l'abri de la peur : La politique étrangère du Canada et la sécurité humaine » (2000), veut voir « humaniser » la sécurité. Les tenants de cette approche perçoivent eux aussi la sécurité comme devant s'étendre au-delà des nations et des territoires pour inclure les individus, qui sont au c_ur de l'enjeu. Ils reconnaissent également que l'insécurité humaine a des causes multiples, qui vont des épidémies au conflit en passant par les modifications environnementales. Là où cette approche se distingue de l'approche de développement humain, c'est qu'elle ne croit pas qu'il faut éliminer toutes les causes de l'insécurité humaine pour améliorer la sécurité humaine. Elle considère plutôt le développement

    humain et la sécurité humaine comme étant les deux côtés d'une médaille. En s'attaquant à certaines causes de l'insécurité humaine, on améliorera le développement humain, et en s'attaquant à d'autres, on renforcera la sécurité humaine.

    En conséquence, l'approche de l'humanisation de la sécurité vise à protéger de la violence les personnes et les communautés. Elle met l'accent sur des éléments cruciaux comme l'absence de primauté du droit, sur l'impossibilité de contrôler les conflits intra- et inter-étatiques, sur l'absence de transparence et d'imputabilité au chapitre des affaires publiques, et sur la présence du crime organisé et du terrorisme. Les tenants de l'humanisation de la sécurité reconnaissent que les États peuvent être à la fois sources de violence et en position de maîtriser la violence.

    L'évaluation de la sécurité et de l'insécurité humaines

    Étant donné le rôle important joué par le Rapport sur le développement humain dans la définition, dans l'exploration et dans la promotion du concept de développement humain, on étudie actuellement la possibilité d'établir un rapport semblable touchant la sécurité humaine. On espère que, jumelé au Rapport mondial sur le développement humain du PNUD et à son rapport sur la vulnérabilité humaine, un rapport de la sécurité humaine saurait définir la sécurité humaine et aider à clarifier les liens entre la sécurité et la pauvreté. Ce rapport ne serait pas, cependant, conçu par le PNUD, mais serait plutôt le fruit d'un travail confié à une commission indépendante rattachée au milieu universitaire.

    Si l'on en juge par les travaux de conception actuels, le Rapport de la sécurité humaine reposerait principalement sur un indice de sécurité humaine. De plus, le rapport dégagera les tendances des précurseurs systémiques de l'insécurité humaine, comme la chute du produit national brut, le manque de transparence, la corruption, l'histoire de la guerre, le degré d'inégalité horizontale et le manque d'accès aux ressources. Dans la troisième section du rapport, on examinera un éventail de réactions stratégiques à ces tendances - comme les missions diplomatiques préventives, les interventions pacifiques, les progrès du fonctionnement de la Cour pénale internationale, le Landmines Monitor ou la campagne sur les armes légères. Chaque volume du rapport pourrait également contenir une série de courts essais stratégiques gravitant autour d'un thème particulier.

    Les participants au colloque ont soulevé un vaste éventail de questions touchant les types d'indicateurs qu'il conviendrait d'inclure dans un indice de sécurité humaine. Au début, on croyait que l'indice permettrait de mesurer l'insécurité en fonction de divers critères et que, vu la difficulté à obtenir des données de nombreux pays, l'information contenue dans l'indice pourrait être cumulée. Reconnaissant la difficulté de recueillir des données significatives, vu le temps et l'espace à couvrir, les participants ont néanmoins proposé qu'on s'efforce d'identifier des indicateurs dynamiques. Ceux-ci pourront servir aux décisionnaires chargés d'évaluer la probabilité d'événements futurs, pour ne pas être réduits à réagir aux situations de manière statique. La recherche contemporaine en sciences sociales fournit des indicateurs dynamiques spécifiques, notamment la distribution des biens et des services, et la mauvaise gouvernance.

    Types d'insécurité vécue par les pauvres

    « Selon les descriptions des gens pauvres, on peut relier largement les types d'insécurité aux facteurs suivants :

    • Survie et gagne-pain.
    • Catastrophes naturelles.
    • Crime et violence.
    • Persécution par la police et absence de justice.
    • Conflits civils et guerres.
    • Chocs et stress causés par les macropolitiques.
    • Vulnérabilité sociale.
    • Santé, maladie et mort.  »

    Source : Deepa Narayan, Robert Chambers, Meera Kaul Shah, et Patti Petesch, Voices of the Poor: Crying Out for Change. New York, NY : Publié pour la Banque mondiale,Oxford University Press, 2000, pp. 159-160, www.worldbank.org/poverty/voices/reports.htm#crying.

    Plusieurs participants ont signalé que l'insécurité coûte davantage aux groupes vulnérables et aux personnes qui font partie de sociétés pauvres. On a également laissé entendre que l'insécurité humaine est plus importante dans les pays non démocratiques parce que ces derniers ne disposent pas de mécanismes de répartition équitables.

    Le crime et la violence comme les vivent les gens pauvres

    « Je ne sais pas à qui faire confiance : à la police ou aux criminels? Notre sécurité publique, c'est nous.
    Nous travaillons et nous nous cachons dehors... et des dangers à l'école... j'ai peur qu'ils tuent mon fils
    simplement parce qu'il cherche quelque chose à manger.  »

    Sacadura Cabral, membre d'un groupe de femmes du Brésil

    « La violence est un cercle vicieux : l'homme bat la femme, la femme se venge sur les
    enfants, et les enfants sont violents, même avec les animaux. »

    Jeune de l'Université Barrio, Bolivie

    Dans une certaine mesure, les pauvres disent que le déclin de la sécurité publique contribue à accroître l'insécurité dans presque tous les pays, que ce soit en région rurale ou urbaine. On en parle le moins en Inde, mais le plus souvent au Brésil et en Russie. La flambée du crime est liée à la rupture de la cohésion sociale, aux difficultés à trouver un emploi, à la famine, à la migration accrue, aux drogues et au trafic de drogue, aux actions et à l'inaction de la police, et à la construction de routes qui permettent à des étrangers d'entrer facilement dans les collectivités. Les pauvres associent le crime au déclin de la communauté sociale, à la concurrence et à l'individualisme. Même si les riches ont plus à perdre face au vol, les Jamaïcains disent que «  les pauvres sont davantage exposés au crime et à la violence que les riches. »

    Ailleurs dans le monde, les collectivités rurales craignent tout particulièrement de se faire voler du bétail, leurs récoltes et des légumes. Dans certaines collectivités d'Éthiopie, les femmes signalent que l'augmentation du nombre de vols de bétail est la plus grande menace à leur sécurité. Selon elles, si on ne met pas un frein au vol, il sera de plus en plus difficile de répondre aux besoins urgents de la façon habituelle, c'est-à-dire en vendant du bétail. Une famille pauvre qui se fait voler du bétail vit la même situation qu'une autre qui se fait voler son compte d'épargne. Le crime et la violence posent problème, particulièrement en Amérique latine et dans les Antilles, dans l'Europe de l'Est et en Asie centrale, ainsi qu'en Afrique. »

    Source : Deepa Narayan, Robert Chambers, Meera Kaul Shah, et Patti Petesch, Voices of the Poor: Crying Out for Change. New York, NY : Publié pour le compte de la Banque monodiale, Oxford University Press, 2000, pp. 159-160, www.worldbank.org/poverty/voices/reports.htm#crying.

    On a signalé aussi à répétition l'importance d'utiliser non seulement des indicateurs objectifs de la sécurité, mais aussi des indicateurs subjectifs. Deux sources d'informations très utiles à cet égard sont les sondages d'opinion et les méthodologies de recherche participatives. Une intervention convaincante a souligné l'importance de mesurer le niveau de peur et de la contextualiser. À titre d'exemple, les recherches par la Banque mondiale ont montré que les pauvres en milieu urbain de la Colombie craignent davantage les forces policières et militaires qu'ils ne craignent les criminels. De nombreuses évaluations participatives de la pauvreté, effectuées conjointement au projet « Voices of the Poor » (La voix des pauvres) mené par la Banque mondiale témoignaient de cette même peur à l'égard des forces de sécurité. Cependant la question de la répression imposée par les États est pratiquement absente des concepts de développement sur lesquels se fonde l'aide internationale au développement.

    Dans le même ordre d'idées, l'un des participants au colloque a mentionné qu'il serait logique, à mesure que les États se renforcent et se démocratisent, que leurs citoyens se sentent plus en sécurité. Cependant, dans nombre des États les plus industrialisés, la population s'est mise à craindre davantage pour sa sécurité même si l'économie est devenue florissante et que les institutions démocratiques se sont renforcées. En Afrique du Sud, le passage d'un régime régi par l'apartheid à un gouvernement de la majorité a été accompagné par une augmentation marquée de la criminalité et de la violence. Les Sud-Africains blancs ont commencé à craindre davantage pour leur sécurité personnelle, se protégeant à la maison par des systèmes de sécurité de plus en plus sophistiqués, abandonnant le centre de Johannesburg et immigrant à la recherche de sociétés plus sûres. Cependant, la réalité est que ce sont les Sud-Africains non blancs qui font les frais de la violence et de la criminalité.

    Un autre participant a fait remarquer que l'indice de sécurité humaine devrait de fait produire une définition de la sécurité humaine et qu'il est important de comprendre les critères sur lesquels on se fondera pour décider quels indicateurs de l'insécurité humaine seront inclus dans l'indice. L'un de ces critères pourrait consister à évaluer la mesure dans laquelle le gouvernement est responsable des problèmes, comme les exécutions en Arabie Saoudite, qui sont rares, mais qui sont sanctionnées par l'État. Un autre critère pourrait être l'ampleur même du problème, comme les taux élevés de criminalité. Un participant a signalé que le premier critère semblait attirer plus d'attention que le deuxième, et que cela lui semblait illogique. De plus, cet exemple illustre le genre de situations qui donne lieu à ce qu'un certain nombre de participants ont appelé le « syndrome de l'Ouest contre le reste ». Les idées et les propositions qui émanent de sources occidentales sont considérées comme étant douteuses par les membres du Groupe des 77 (G-77) simplement à cause de leur provenance. Les gouvernements occidentaux donnent l'impression qu'ils proposent des normes et des principes auxquels ils veulent que les autres pays adhèrent mais qu'ils n'appliquent pas eux-mêmes entièrement. Cette préoccupation des pays du G-77 révèle leur crainte de perdre leur souveraineté devant l'accroissement de l'intervention humanitaire.

    Enfin, un participant a fait valoir avec force son argument selon lequel il faut éviter d'appliquer le rapport et l'indice sur la sécurité humaine à un seul sexe. On doit inclure les questions relatives à la différence entre hommes et femmes (et les indicateurs relatifs au sexe) dans le rapport et l'indice plutôt que de les reléguer au deuxième plan. Pour ce faire, il faut que les hommes et les femmes de divers secteurs de la société participent à l'élaboration du plan d'action et au processus décisionnel.

    Les aspects constitutifs de la sécurité humaine

    Les participants au colloque étaient d'accord pour affirmer qu'une définition partagée de la sécurité humaine se forgera au cours du temps, en s'appuyant sur les travaux du Réseau pour la sécurité humaine, sur l'élaboration d'un rapport de la sécurité humaine et sur les travaux de la Commission on Human Security (Commission sur la sécurité humaine). Les participants ont cependant fait un pas en avant en déterminant des éléments susceptibles de faire l'objet d'un consensus touchant les facteurs essentiels à la sécurité humaine, et en tentant de réconcilier l'approche dite de développement humain et l'approche dite d'humanisation de la sécurité.

    Tout en reconnaissant que les racines de l'insécurité humaine sont nombreuses et variées, la plupart des participants étaient d'avis que la sécurité humaine et le développement humain sont des concepts distincts mais complémentaires, et que, pour les fins de réflexion et d'analyse, une définition plus restreinte de la sécurité humaine est plus utile qu'une définition plus large. Les participants ont formulé plusieurs arguments pour étayer cette position. En premier lieu, si l'on considère toute menace au bien-être de l'individu comme une menace à la sécurité humaine, le concept de sécurité humaine sera dénué de valeur analytique. En second lieu, si le concept de la sécurité humaine et celui du développement humain se recoupent entièrement, l'idée de liens à établir entre eux perd tout son sens. Et pour ce qui est des travaux du Réseau pour la sécurité humaine, si la définition de la sécurité humaine est tellement vaste qu'elle inclut « tout ce qui est beau et bon », le concept devient impossible à appliquer aux activités opérationnelles.

    Certains participants ont laissé croire que la fin de la guerre froide a permis d'essayer de financer des biens publics en ajoutant le terme « sécurité » à un éventail d'objectifs souhaités. Comme la sécurité nationale était considérée comme un bien public et qu'elle avait été financée à grand renfort de budgets au cours de la guerre froide, on espérait qu'une partie de l'idée de priorité et du prestige associés à la protection de la sécurité nationale puisse être transférée à d'autres biens publics essentiels au bien-être humain, mais qui avaient été moins favorisés sur le plan financier. Malheureusement, cette logique n'a pas tenu, et il est devenu de plus en plus difficile de financer les biens publics, c'est le moins qu'on puisse dire, sans égard à la définition qu'on en fait.

    L'issue du débat porte à croire que, dans une certaine mesure, la tendance à combiner la sécurité humaine au développement humain émane de la grande diversité de sources d'insécurité et de l'utilisation du terme « sécurité » comme synonyme de « bien-être ». En réduisant l'ampleur de certains de ces types d'insécurité, on accroît le bien-être et la prospérité des personnes et des collectivités (bien-être) et on améliore ainsi le développement humain. En réduisant l'ampleur d'autres types d'insécurité, on accroît la sûreté d'un environnement (sécurité) et on améliore ainsi la sécurité humaine. Certains types d'insécurité ont un effet sur le bien-être et la sécurité et la sûreté de l'environnement humain. En diminuant l'influence de ces formes d'insécurité, voire en les éliminant, on peut améliorer la qualité de la sécurité humaine et du développement humain. Il s'ensuit que la sécurité humaine est une condition distincte, mais nécessaire (mais insuffisante) du développement humain. Les participants sont arrivés à un consensus important sur ces sujets.

    La question de la violence et des rapports qu'elle entretient avec la sécurité humaine a soulevé d'intenses discussions. Les participants ont accepté, en tant que fondement d'une réflexion plus poussée, la proposition portant que l'absence de la menace de violence se loge au c_ur de la sécurité humaine.

    Les participants ont reconnu également combien complexe est la question de la violence. Ils ont déterminé au cours du colloque trois composantes de la violence distinctes mais d'égale importance : le conflit, le crime et la répression. Les participants étaient d'accord pour dire qu'il ne suffisait pas d'explorer ces trois éléments en vue de dégager les intersections entre la sécurité humaine et le développement humain; ils ont affirmé avec force le besoin de comprendre ce que signifie la violence, dans ses divers aspects, pour ceux qui la subissent, et ont ajouté que ce constat devait influencer les plans d'action des divers intervenants officiels, dont notamment les membres du Réseau pour la sécurité humaine.

    Au nombre des éléments soulevés en cours de discussion sur les manifestations de violence, on peut signaler: l'absence de peur de la répression de la part de l'État, y inclus les actions de l'armée, de la police et des forces paramilitaires officielles causées en grande partie par l'absence de saine gouvernance; les effets pervers de la prolifération des armes légères, y inclus l'existence de groupes criminels de mieux en mieux armés; l'atteinte généralisée aux droits de la personne; et surtout la violence systémique à l'égard des femmes.

    Un certain nombre de participants ont fortement souligné le rôle double des États. Ils constituent à la fois une menace considérable à la sécurité humaine et un catalyseur important de la sécurité humaine. La répression étatique, dans ses diverses manifestations, a été une source appréciable d'insécurité humaine dans la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs participants ont fait remarquer que les États ont été responsables de la grande majorité des décès depuis le milieu du XXe siècle. Bon nombre des participants des pays du Sud ont fait valoir que, pour garantir la sécurité humaine, il faut améliorer la qualité de la gouvernance et la capacité de l'État d'assurer la sécurité des personnes. L'objectif devrait être de créer un État démocratique efficace et efficient. Les participants se sont accordés pour appuyer cet argument.

    On a rappelé aux participants l'expérience de la Jordanie où, au début des années 80, le gouvernement a reconnu que le fait d'assurer la sécurité des États n'assurait pas automatiquement la sécurité individuelle. C'est pourquoi il a commencé à adhérer au concept de la sécurité axée sur l'humain. On a dit aux participants que l'expérience de la Jordanie laisse croire que les États en voie de développement ont besoin d'aide pour régler de nouvelles préoccupations relatives à la sécurité. On a insisté sur le fait que les experts devraient s'attacher davantage à trouver des façons d'aider les États à élaborer un plan d'action en matière de sécurité humaine plutôt que de se concentrer sur les ONG et les autres groupes non gouvernementaux qui essaient de faire valoir le concept de sécurité humaine.

    En ce qui concerne l'Amérique latine, on a fait remarquer que les autorités civiles et les forces armées des pays comme le Brésil, la Colombie, l'Équateur et le Guatemala vont dans des directions opposées en ce qui concerne la consolidation démocratique.

    La police et la sécurité humaine

    « La sécurité publique est offerte aux criminels; pas à nous.  »
    Une femme, Sacadura Cabral, Brésil

    « Les agents ne se donnent même pas la peine de parler... si on ne leur donne pas d'argent. Si un homme pauvre est battu par un riche et veut déposer une plainte contre ce dernier, l'agent chargé du cas n'enregistrera même pas la plainte. »
    Participant à un groupe de discussion, Gowainghat, Bangladesh.

    « Dans l'ensemble, les participants ont signalé que la corruption, la criminalité et, parfois, la brutalité policières sont extrêmement généralisées, surtout en Amérique latine et dans les Antilles, en Asie et en Europe de l'Est. On mentionne que les policiers sont entre autres :

    • Non réceptifs : Ils sont absents lorsqu'on a besoin d'eux, ils ne viennent pas lorsqu'on les appelle ou ils viennent très tard; ils se présentent uniquement lorsque quelqu'un a été tué.
    • Corrompus : Arrestations, accusations et emprisonnements illégaux avec libération conditionnelle à un pot-de-vin important; vols (certains volent même de l'argent à des enfants); pots-de-vin pour l'obtention de documents ou le dépôt d'une plainte; mensonge, menaces, chantage et extorsion; exigent de l'argent pour offrir une protection; consommation de drogue; complicité avec des criminels et libération des criminels lorsqu'ils sont arrêtés.
    • Violents : Harcèlent les vendeurs itinérants et d'autres personnes pauvres; confisquent les papiers d'identité; violent des femmes qui se rendent aux postes de police; battent des innocents; torture; meurtre (certains tuent des garçons de la rue)...

    « Malgré ces données, les gens disent qu'ils ont désespérément besoin de la police pour s'assurer un semblant de sécurité dans leur quartier. En réaction à l'ascension de la violence dans une collectivité, à Bode, au Brésil, les gens se sont mobilisés, ont recueilli de l'argent, ont construit un poste de police par eux-mêmes et ont invité la police à venir y travailler. En novembre 1992, après de nombreuses pressions, la police a accepté de venir, mais elle a quitté les lieux en février 1993 parce que des marginaux avaient détruit le poste de police. »

    Source : Deepa Narayan, Robert Chambers, Meera Kaul Shah, et Patti Petesch, Voices of the Poor: Crying Out for Change. New York, NY : Publié pour le compte de la Banque mondiale, Oxford University Press, 2000, pp. 163-164, www.worldbank.org/poverty/voices/reports.htm#crying.

    Même si, au cours des dernières décennies, la plupart des États de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale ont subi une réforme considérable, on n'a pas fait grand-chose pour contrer l'autonomie traditionnelle dont jouissaient les forces armées. Les secteurs administratif et législatif du gouvernement et de la société civile doivent acquérir plus d'expertise en matière de sécurité.

    L'impact des armes légères

    « Chaque année, des centaines de milliers de personnes meurent de façon violente, sont blessées et subissent des traumatismes psychologiques à cause de l'utilisation des armes légères. Ces pertes se produisent dans le contexte de conflits nationaux et régionaux (chacun ayant ses dimensions et expressions politiques, économiques, sociales, religieuses et ethniques) ainsi que dans le cadre de pratiques abusives d'exécution de la loi, de la répression violente des droits démocratiques et des atteintes aux droits à l'autodétermination. De plus, l'accessibilité des armes légères est directement liée à l'augmentation du nombre de crimes violents, d'agressions contre un membre de la famille, de suicides et d'accidents. Dans le contexte d'un conflit politique, les armes légères aident à nourrir la violence et l'insécurité, sources de peur et d'instabilité, sentiments qui ont mené à l'existence de millions de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Nombre de ces tragédies humaines auraient pu être prévenues si on avait contrôlé l'accès aux armes légères - à l'intérieur du pays et entre les pays - dans le cadre de mesures visant à attaquer les causes profondes de conflit. »

    Source : International Action Network on Small Arms, Founding Document of IANSA, www.iansa.org/mission/m1.htm.

    Un certain nombre de participants ont insisté sur l'importance d'accorder la priorité à l'appareil de justice pénale afin de renforcer la capacité de gouvernance de l'État de façon à améliorer la sécurité humaine. On a mis en relief le système de justice pénal pour une raison particulière : le crime violent occupe une place importante dans de nombreuses sociétés du Nord et du Sud. Même si les citoyens plus riches sont souvent en mesure de garantir leur sécurité personnelle en faisant appel à des entreprises de sécurité privées, la plupart n'ont pas le choix et dépendent des services de sécurité offerts par l'État. Lorsque les personnes responsables de ces services sont inefficaces, répressives ou corrompues, le citoyen ordinaire est à la merci des criminels; les femmes et les enfants ne peuvent se protéger contre la violence; et une culture d'impunité peut donner lieu à des atteintes généralisées aux droits de la personne.

    De plus, lorsque l'État ne peut offrir à ses citoyens une sécurité adéquate, il court un grave danger de perdre son monopole devant la violence. Dans ces conditions, tous les types de violence peuvent se répandre. Par exemple, une grande partie de pays comme le Sierra Leone et la Colombie sont tombés aux mains de groupes de rebelles. Dans de nombreux pays, les autorités civiles n'exercent aucun contrôle efficace sur leurs propres forces de sécurité, qui suivent des plans d'action économiques et politiques minant la capacité des États d'assurer un environnement sûr et sécuritaire pour tous les citoyens. De plus, ces activités politiques et économiques encouragent les forces de sécurité à réprimer les citoyens qui veulent changer les choses.

    L'accessibilité des armes légères est à l'origine de la flambée de la violence. On peut se procurer ces armes dans de nombreux pays du monde, surtout ceux où un conflit fait rage. Ce sont des symboles d'autorité, de peur et de pouvoir, et elles facilitent tous les aspects de la violence : conflit, crime et répression étatique.

    Violence sociétale contre les femmes

    « Même si les hommes et les femmes doivent chercher du travail, du crédit et de l'aide, ils signalent tous deux que les femmes sont particulièrement vulnérables. Dans de nombreux contextes, les femmes doivent subir l'humiliation de la violence sexuelle. Au Brésil et en Jamaïque, les femmes disent se sentir vulnérables aux agressions sexuelles et au viol. Au Bangladesh, les femmes vivent dans l'insécurité. Elles peuvent être enlevées et forcées à passer la nuit avec leur agresseur pour être relâchées le lendemain, se faire harceler par des hommes sur la route, et se faire jeter de l'acide. »

    Source : Deepa Narayan, Robert Chambers, Meera Kaul Shah et Patti Petesch, Voices of the Poor: Crying Out for Change, New York, NY: Publié pour le compte de la Banque mondiale, Oxford University Press, 2000, p. 155, www.worldbank.org/poverty/

    On a signalé aux participants au colloque le fait que les armes légères minent la structure et la stabilité de l'État. De plus, ces armes entraînent des réactions de peur, qui ont pour effet de diminuer considérablement la productivité des travailleurs et le bien-être psychosocial des personnes et des collectivités. Reconnaissant la possibilité qu'on accorde beaucoup moins d'attention aux armes légères qu'on leur en accorde actuellement, de nombreux participants ont dit qu'ils étaient d'avis qu'on pourrait améliorer la sécurité humaine si on limitait l'accès aux armes légères à long terme.

    Tout au long du colloque, les participants ont discuté des droits de la personne. Ils ont reconnu que ces droits font le lien entre la sécurité humaine et le développement humain, étant donné que ni la sécurité humaine ni le développement humain ne peuvent se produire lorsqu'on viole fréquemment les droits de la personne. On trouve toujours des femmes parmi les personnes dont les droits sont violés à outrance en raison de la violence. Non seulement les femmes sont-elles victimes, au cours de guerres, par exemple, de viols et d'autres formes d'abus sexuels, mais elles se retrouvent souvent veuves de guerre dans des sociétés où la possibilité de travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants sont très circonscrites. Même lorsque leur famille demeure intacte, les femmes sont parfois forcées à devenir le principal soutien de la famille parce que les débouchés d'emploi sont rares pour les hommes. Cela peut nuire aux relations entre les sexes dans les familles et accroître l'incidence de la violence conjugale.

    La violence conjugale est évidemment un problème qui prend des proportions importantes dans certaines sociétés, même en l'absence de conflits violents. Souvent, elle prend de l'ampleur lorsque le ménage fait face à des problèmes économiques de plus en plus graves. En outre, l'alcoolisme et la toxicomanie sont liés à des taux plus élevés de violence conjugale. Les femmes peuvent être victimes de violence sexuelle aux mains de personnes qui ne font pas partie de leur famille lorsqu'elles tentent de gagner chaque jour leur vie dans des environnements exempts de conflits. Il faut aborder la violence faite aux femmes en tenant compte de la relation entre hommes et femmes. Toutefois, les femmes sont trop souvent traitées comme si elles étaient les agresseurs plutôt que les victimes. Dans certaines sociétés, les femmes qui tentent de porter plainte aux autorités locales pour violence sexuelle sont souvent la cible d'autres abus.

    En même temps, certains participants ont dit qu'il était important de se rappeler que les femmes ne sont pas toujours des victimes. Les femmes peuvent être violentes, et on ne devrait pas tenir pour acquis qu'elles sont nécessairement plus calmes que les hommes.

  2. Stratégies pour la mise en oeuvre d'un plan d'action pour la sécurité humaine

    Liens à établir entre sécurité humaine et développement humain

    La gouvernance : un outil de prévention des conflits

    « Les guerres intestines sont de plus en plus nombreuses par rapport aux conflits internationaux, et les civils en sont les principales victimes. Outre les effets évidents de la mort et de la destruction, les effets sociaux, politiques et psychologiques à long terme de ce conflit persistent. De telles crises peuvent renverser des années de progrès économiques et limiter gravement l'expansion future. L'ascension des conflits sociaux, économiques ou politiques au niveau de confrontation ouverte est donc un obstacle majeur au développement humain durable. Les États qui veulent triompher de ces tensions et éviter l'ascension des conflits et de la violence doivent pouvoir composer efficacement avec des intérêts sociaux opposés et maîtriser les tensions sociopolitiques. Ainsi, les stratégies de développement qui mettent l'accent sur les fondements de la saine gouvernance sont idéales pour assurer le développement humain durable en situation de paix.

    Source : Programme des Nations Unies pour le développement, UNDP AND GOVERNANCE: Experiences and Lessons Learned, Management Development and Governance Division, Lessons Learned Series No. 1, http://magnet.undp.org/docs/gov/Lessons1.htm octobre 1998, chapitre 7.2.

    Si l'absence de la menace de violence se loge au c_ur de la sécurité humaine, la sécurité humaine et le développement humain s'entrecoupent dans un certain nombre de domaines. Même si les conflits armés ont un effet distinct sur la capacité de développement humain et la qualité de la sécurité humaine, de nombreux participants ont eu l'impression que le plan d'action pour la sécurité humaine avait jusqu'ici porté de façon disproportionnée sur les conflits armés. Ils ont laissé entendre que, en adoptant une vision plus globale de la violence, le Réseau pour la sécurité humaine pourrait apporter une contribution importante en comblant le fossé entre ceux qui disent que l'intervention externe est la principale méthode qui permet de corriger les atteintes à la sécurité humaine et ceux qui préfèrent une approche plus nuancée ou plus modérée.

    Les participants ont avancé l'idée que les liens entre la sécurité humaine et le développement humain sont particulièrement forts dans les domaines suivants :

    • faire respecter la primauté du droit;
    • promouvoir le respect des droits de la personne;
    • empêcher l'accès privilégié aux ressources économiques et financières;
    • s'assurer que soient mis en place des mécanismes de résolution non violente des conflits sociétaux;
    • établir un niveau de stabilité politique suffisant à encourager les individus à investir dans un développement susceptible de réduire la pauvreté.

    Les participants au colloque ont identifié cinq domaines prioritaires où ces liens pourraient être mis en _uvre: la gouvernance, la transformation du secteur de la sécurité, la consolidation de la paix, les partenariats, et l'expansion des capacités au niveau local.

    La gouvernance. La plupart des participants ont reconnu qu'un plan d'action pour la sécurité humaine ne peut être mis en _uvre en l'absence de l'imputabilité et de la transparence dans les affaires de l'État. Le renforcement de la gouvernance constituerait donc une stratégie incontournable pour qui veut promouvoir la sécurité humaine. L'un des participants a défini l'histoire des peuples comme étant l'histoire de comment les peuples obtiennent progressivement le contrôle de leur État. Qui plus est, il existe des liens clairs entre, d'une part, l'amélioration de la gouvernance, qui entraîne une réduction des risques de conflits, de répression et de corruption (activités criminelles de la part des gouvernants) et, d'autre part, la mise en _uvre de stratégies de développement axées sur l'humain. À titre d'exemple, on commence à constater que les budgets de corruption pèsent de manière démesurément lourde sur les pauvres et sur les petites entreprises.

    Diverses activités sont susceptibles de renforcer les systèmes de gouvernance. La capacité des fonctionnaires et des organismes étatiques doit être renforcée, afin qu'ils puissent accomplir leurs tâches de manière effective et efficace. Le principe de la primauté du droit doit être établi et mis en vigueur, afin d'assurer la prévisibilité et l'imputabilité dans les affaires de l'État. Plusieurs participants ont souligné qu'il ne suffit pas, pour améliorer la gouvernance, de renforcer l'État; il faut du même coup s'assurer que la société civile, dans toutes ses manifestations, soit en mesure de participer, de manière complète et compétente, à l'élaboration de politiques et à leur mise en _uvre. Cela implique à la fois le développement de la capacité des citoyens, et le bon vouloir de l'État à l'égard des intervenants non étatiques, à qui l'État doit reconnaître non seulement le droit mais la responsabilité d'exprimer leurs opinions, même si ces opinions vont à l'encontre des politiques de l'État.

    L'un des participants au colloque a formulé deux mises en garde importantes au sujet de la société civile. On ne devrait pas utiliser le terme « société civile » comme synonyme d'« organisme non gouvernemental ». La société civile comprend un vaste éventail de groupements officiels et officieux. Cependant, les intervenants externes ont tendance à mettre l'accent sur les organismes officiels, et particulièrement sur ceux qu'on peut classer comme étant des ONG. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que les sociétés civiles ne sont pas toutes civiles. De nombreuses organisations de la société civile ont leur propre plan d'action politique et économique, lesquels, si on les mettait en _uvre, pourraient nuire à l'avancement du développement humain et de la sécurité humaine.

    Le renforcement de la gouvernance du secteur de la sécurité

    Le renforcement de la gouvernance du secteur de la sécurité

    « Comme conséquence logique de la " prise en charge " par les pays, où les pays ont été encouragés à rendre le processus décisionnel en matière de sécurité plus inclusif et démocratique et ont réussi en ce sens, les bailleurs de fonds doivent accepter que cela ne pousse pas toujours les gouvernements à dépenser en fonction de leurs préférences ou priorités. Non seulement le processus est susceptible d'être graduel et parfois interrompu, mais comme l'illustre l'exemple des nations occidentales, les pays peuvent choisir, par l'entremise du débat démocratique, de réaliser les objectifs stratégiques nationaux (en matière d'économie et de sécurité) en faisant des dépenses militaires. Ainsi, on devrait considérer que les défis à long terme que pose la réforme du secteur de la sécurité apportent des changements aux normes et valeurs sociales conformément à la tendance accrue à atteindre les objectifs stratégiques nationaux par des moyens préventifs et non militaires.

    Source : Royaume-Uni, ministère du Développement international, Security Sector Reform and the Management of Military Expenditure: High Risks for Donors, High Returns for Development. Rapport d'un Symposium international, Londres, du 17 au 17 février 2000, par. 50, www.dfid.gov.uk, cherchez le terme "ssrmilex."

    La réforme du secteur de la sécurité. La transformation du secteur de la sécurité est en quelque sorte une composante du renforcement de la gouvernance, mais nombre de participants lui accordaient une importance particulière du fait que ce secteur englobe trois conditions préalables essentielles à la sécurité humaine : la sécurité physique, la justice et la primauté du droit. Les témoignages recueillis au cours d'évaluations participatives de la pauvreté, comme celles effectuées en l'an 2000 par la Banque mondiale dans le contexte de ses travaux sur la pauvreté, soulignent à quel point le bien-être et le développement humain des plus pauvres sont entravés par la carence de sécurité physique et la peur de la violence.

    Étant donné que les conflits et la répression attribuables à l'État représentent une source importante d'insécurité physique et de menace de violence, les instruments de violence détenus par l'État doivent être transformés de manière à ce qu'ils appuient le développement de la sécurité humaine au lieu de le miner. L'apprentissage du respect des droits de la personne constitue un élément primordial dans cette transformation. Il convient aussi d'établir le principe retirant aux forces de la sécurité le droit de participer aux activités politiques ou commerciales qui, dans le passé, ont assuré aux forces de la sécurité et à leurs alliés civils un accès privilégié aux ressources politiques et économiques. Le troisième objectif crucial consiste à inculquer le principe de l'imputabilité aux gouvernements démocratiques et civils, et ainsi à faire preuve de transparence pour un vaste éventail de questions liées à l'élaboration et à la mise en oeuvre d'une politique sur la sécurité.

    Étant donné que le crime constitue lui aussi une composante importante de la violence, il est essentiel que l'appareil de justice pénale fonctionne de manière efficace. Si certaines agences d'aide au développement ont commencé à prêter appui aux activités visant le renforcement des systèmes judiciaire et policier, une approche globale à l'égard de l'appareil de justice pénale reste à élaborer. La Banque mondiale, par exemple, l'une des plus importantes sources d'aide financière au développement, refuse de financer une réforme policière, et fait usage d'une définition restreinte de ce qui constitue la réforme juridique et judiciaire. De plus, les organismes donateurs ont généralement perçu la réforme du secteur de la sécurité comme correspondant simplement à une réduction des dépenses militaires. On ne s'est pas penché sur le fait que si l'on veut établir un environnement sûr où les citoyens sont disposés à investir dans un développement capable de réduire la pauvreté, il sera nécessaire d'accroître les dépenses à certaines rubriques du secteur de la sécurité, notamment la police et les autres agences assurant une justice accessible.

    La consolidation de la paix. La communauté internationale sait aujourd'hui que l'aide qu'il faut apporter aux parties belligérantes ne se limite pas à la négociation de traités de paix; il faut également maintenir et consolider cette paix. Les pays qui ont connu des périodes de conflit intense ou prolongé sont souvent contraints par des faiblesses institutionnelles, par des ressources humaines et financières restreintes et par des faiblesses économiques. En conséquence, ils se tournent vers la communauté internationale afin d'obtenir du financement, une aide technique et un soutien politique afin de réparer les ravages entraînés par ce conflit.

    Les trois éléments fondamentaux de la consolidation de la paix sont les suivants : le renforcement des institutions politiques, la réforme des dispositions relatives à la sécurité intérieure et extérieure, et la revitalisation de l'économie et du tissu social. Les participants étaient d'accord pour poser la sécurité humaine à l'avant-plan des efforts d'édification de la paix. Le cas de la Bosnie démontre clairement que faute d'un environnement sûr et en l'absence de stabilité politique, les citoyens ne s'aventurent pas à investir les sommes nécessaires à revitaliser à la fois leur économie et leur société. Bien au contraire, plus de 60 pour cent des Bosniaques ont affirmé vouloir émigrer vers un environnement plus accueillant.

    Dans de telles conditions, une aide extérieure qui viserait exclusivement la revitalisation économique serait vouée à l'échec. Dans les pays comme la Bosnie, il est essentiel de s'appliquer aussi à instituer la primauté de la loi, à promouvoir le respect des droits de la personne, à casser le monopole qu'exercent les élites politiques et militaires sur le pouvoir politique et économique, et à déployer des dispositifs susceptibles de résoudre les conflits sociétaux par des moyens pacifiques. Quand les citoyens constateront que des efforts sérieux sont entrepris en ces domaines, ils seront mieux disposés à investir dans leur société.

    Les partenariats. Étant donné la complexité des enjeux liés à l'édification et au maintien de la sécurité humaine, les efforts visant à promouvoir la sécurité humaine exigent la collaboration d'un certain nombre de partenaires stratégiques tant à l'échelle locale qu'à l'échelle régionale. Parmi les groupes clés dont il faut assurer la participation, si l'on veut créer un environnement susceptible de favoriser la sécurité humaine, on a cité les organisations régionales, les gouvernements nationaux, les gouvernements locaux et l'entreprise privée.

    On s'est penché longuement sur le rôle à jouer par la société civile, ce qui est parfaitement cohérent avec la conviction du Réseau touchant la promotion du rôle de la société civile en tant que partenaire reconnu du processus de consolidation de la sécurité humaine. Des représentants de la société civile venus d'Afrique, d'Amérique latine et du Proche-Orient ont insisté sur le rôle que peuvent jouer les organismes de la société civile, en particulier dans la promotion de l'imputabilité et de la transparence des institutions étatiques et dans l'élargissement du débat public touchant les enjeux essentiels. Les organismes de la société civile sont également bien placés pour assurer une formation en matière des droits de la personne et de la gestion des conflits. En outre, la société civile peut améliorer le capital social et la prise en charge civile des processus de consolidation de la paix et peut donner une alerte rapide de la croissance de l'insécurité humaine.

    Prévention de la violence contre les femmes

    «Les résultats concernant les liens qui existent entre la diminution de la violence, l'accroissement du rôle économique des femmes et les avantages des mesures visant à réduire la violence sont encourageants. Là où elles ont été menées, les activités visant précisément à sensibiliser les gens aux inégalités entre hommes et femmes et à améliorer les relations entre eux ont fait une différence. Dans les collectivités où des ONG offrent des programmes de formation et de counselling en sensibilisation aux différences entre les sexes, où il y a des maisons d'hébergement et des services de protection de la police, ou où les fidèles se réunissent pour freiner la violence, les femmes déclarent que leur vie s'est améliorée. Sans accès à un soutien comparable, les hommes se disent parfois frustrés du fait que tant de ressources sont destinées aux femmes. »

    Source : Deepa Narayan, Robert Chambers, Meera Kaul Shah, et Patti Petesch, Voices of the Poor: Crying Out for Change. New York, NY : Publié pour le compte de la Banque mondiale, Oxford University Press, 2000, p. 131, www.worldbank.org/ poverty/voices/reports.htm#crying.

    On a également souligné l'importance de responsabiliser les intervenants corporatifs dans les domaines liés à la sécurité humaine, en particulier dans les pays et les régions touchés par les conflits. Le cas récemment mis à jour des conflits entourant l'exploitation des mines de diamants révèle bien l'importance du rôle que pourraient jouer les corporations pour réduire l'insécurité humaine. On a soulevé également l'initiative que représentait la mise au point, en décembre 2000, d'un code volontaire de principes sur les droits de la personne, qui a été signé par deux gouvernements nationaux, sept entreprises multinationales, neuf organismes _uvrant pour les droits de la personne et un organisme de la société civile. Bien que de telles ententes n'aient pas force de loi, une récente entente sur l'exploitation de ressources pétrolières en Papouasie-Nouvelle-Guinée incluait l'obligation de respecter les conventions de Genève. Ainsi, dans le cas où ces conventions étaient enfreintes, il s'agirait d'une violation de contrat et les contrevenants seraient soumis au jugement des tribunaux. On a suggéré que des ententes volontaires pouvaient représenter une première étape vers des ententes entraînant des obligations juridiques réelles de la part des corporations, par l'acceptation progressive de normes partagées.

    Le développement des capacités au niveau local. Pour que la sécurité humaine s'inscrive dans la réalité, les individus, les communautés, les gouvernements et les organisations régionales doivent êtres dotés de la capacité de participer au plan d'action pour la sécurité humaine.

    On a signalé à ce sujet la pénurie de spécialistes civils de tous les aspects qui touchent la politique sur la sécurité. L'élaboration et la mise en _uvre de politiques relatives à la sécurité est depuis longtemps l'apanage de « professionnels de la sécurité » qui ont activement combattu contre la participation des civils, qu'ils soient fonctionnaires ou simples citoyens. Si l'on veut que des enjeux tels que la promotion des droits de la personne, l'inclusion de facteurs spécifiques au sexe et le renforcement de la gouvernance soient intégrés de plain-pied aux débats politiques et aux débats relatifs à la sécurité, il faudra casser le monopole exercé par les professionnels de la sécurité. Cela exigera des efforts concertés en vue d'amplifier, chez les individus et les organismes, la capacité de contribuer aux débats sur les politiques, celle de mettre en _uvre les politiques, et celle de jouer le rôle de chiens de garde des intérêts des citoyens en matière de sécurité.

    L'un des participants a signalé que, en Amérique latine, ce sont principalement les forces de sécurité qui possèdent l'expertise en matière d'affaires de sécurité, alors que les civils qui occupent un poste de direction, qui font partie de la législature ou d'un parti politique, et la société civile sont toujours nettement désavantagés. Une des raisons pour lesquelles la sécurité humaine constitue une politique de promotion attrayante en Amérique latine est le fait qu'on s'attend à ce que l'inclusion des questions de sécurité non traditionnelles aident à changer l'équilibre du pouvoir entre les civils et les responsables des forces de sécurité.

    Contraintes de la liaison entre développement humain et sécurité humaine

    Au cours du débat, les participants ont mis en relief trois contraintes de la liaison entre développement humain et sécurité humaine. En principe, aucune n'est insurmontable. Les obstacles sont néanmoins considérables, et on devrait s'efforcer en priorité d'élaborer de nouveaux modes de comportement qui permettraient de les éliminer.

    La première contrainte a trait à ce qu'on appelle souvent la tendance au cloisonnement des organisations qui participent à différents aspects de la promotion de la sécurité humaine et du développement humain. Les organisations mandatées pour régler les questions de sécurité ne règlent que les questions de sécurité. Les organisations mandatées pour régler les questions liées aux droits de la personne ne règlent que les questions liées aux droits de la personne. Les organisations mandatées pour régler les questions de développement ne règlent que les questions de développement. Cette tendance à voir un problème à travers des lentilles institutionnelles n'est pas seulement une question de formation professionnelle. Elle est compliquée par l'instinct profond de protéger le territoire de son organisme, ce qui décourage fortement les gens de s'aventurer en terrain étranger. Mais la protection du territoire n'est plus seulement un problème qui se situe entre l'organisation et une autre. Différentes divisions d'une même organisation peuvent refuser de travailler ensemble ou de partager de l'information.

    Dans ces circonstances, il est extrêmement difficile d'élaborer des approches multidisciplinaires face à un problème. Malheureusement, la plupart des problèmes exigent des réactions multidisciplinaires, et le développement humain et la sécurité humaine sont des questions multidisciplinaires par excellence. Parfois, cet isolationnisme institutionnel peut être brisé par les personnes fortes qui savent comment et quand dépasser leur mandat. Quelquefois, les organisations font un effort conscient pour corriger les problèmes de la philosophie du cloisonnement et de la protection du territoire. Cependant, trop souvent, des idées et des approches novatrices sont mort-nées à cause de ces deux tendances.

    L'importance de l'action préventive

    « Presque tout le monde s'entend pour dire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, et que les stratégies de prévention doivent s'attaquer aux causes profondes de conflits, et non pas seulement à leurs symptômes violents. Toutefois, on ne joint pas toujours l'action pratique au consensus. Les chefs politiques ont de la difficulté à « vendre » des politiques de prévention étrangères à leurs concitoyens, étant donné que les coûts sont palpables et immédiats, alors que les avantages — un événement indésirable ou tragique qui ne se produit pas — sont plus difficiles à faire valoir pour les chefs et à comprendre pour le public. Ainsi, la prévention est d'abord et avant tout le défi des chefs politiques.

    Source : Kofi A. Annan, Nous, les peuples. Le rôle des Nations Unies au XXIe siècle, New York, Nations Unies, 2000, pp. 44-45, www.un.org/millenium

    Une deuxième contrainte est la difficulté d'amener les gouvernements à suivre leurs stratégies de prévention. Les gouvernements et d'autres organisations démocratiques comme les Nations Unies ont tendance à réagir à des problèmes immédiats et à s'intéresser à d'autres choses lorsqu'un problème est « résolu » et qu'un autre se dessine à l'horizon. Comme les avantages de la prévention se font sentir à long terme, ils n'attirent pas l'attention des décideurs de la même façon que le font les crises. Puisque la sécurité humaine et le développement humain sont des stratégies de prévention, ils ne sont souvent pas prioritaires pour les décideurs. Par contre, au cours des dernières années, on a observé certains progrès sur ce point. De nombreux décideurs ont commencé à comprendre qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Cependant, la plupart des institutions n'ont pas encore assimilé cette nouvelle connaissance.

    Enfin, les participants ont signalé que, même si on connaît de plus en plus les questions qu'il faut régler pour promouvoir la sécurité humaine et le développement humain - renforcement de la gouvernance, transformation des secteurs de la sécurité, accroissement de l'imputabilité des gouvernements envers leurs citoyens, amélioration de la transparence des activités gouvernementales -, les gouvernements hésitent souvent à accepter ces prescriptions. La cause de leur réticence est simple. S'ils apportent des changements dans ces domaines, leur mainmise sur le pouvoir sera menacée. Pour régler ce programme, on peut créer des structures capables de changement à l'intérieur du gouvernement et dans le secteur non gouvernemental. C'est là un processus à long terme, mais comme l'expérience de l'Afrique du Sud le montre, dans les bonnes conditions, c'est un investissement qui peut aider à transformer le paysage politique d'un pays.

  3. Propositions pratiques pour un plan d'action

    L'impératif de combler l'écart entre le Nord et le Sud a constitué un thème récurrent, voire prépondérant, lors des discussions de Genève. L'un des participants venu du Sud a signalé que les pays en voie de développement constatent bien souvent un décalage entre le discours et les actions des pays plus développés. Les pays en voie de développement en viennent à se méfier des prescriptions politiques venues du Nord, attitude qui peut nuire à leurs propres intérêts. On a convenu que le dialogue, par exemple celui dont le Réseau pour la sécurité humaine avait pris l'initiative, était une manière profitable de lancer un pont au-dessus de ce fossé.

    Plusieurs représentants de gouvernements membres du Réseau ont exprimé le désir que soient avancées des propositions concrètes concernant des actions pratiques qui pourraient être entreprises par le Réseau en vue de faire avancer la cause de la sécurité humaine. À ce jour, le Réseau s'est concentré sur la tâche d'établir, en matière de politique étrangère, des positions-principes partagées sur un certain nombre de questions, par exemple les mines terrestres et les enfants soldats. Les membres du Réseau semblent prêts à passer à la prochaine étape, qui consiste à entreprendre en commun des activités destinées à renforcer la sécurité humaine.

    Deux champs possibles d'activité se sont dessinés au cours des discussions du colloque de Genève. Le premier est lié aux possibilités d'amplifier la capacité de la société civile dans les pays membres. Le second est lié à l'établissement de liens directs entre l'aide au développement et la sécurité humaine.

    Société civile

    Les participants au colloque ont indiqué que le Réseau pour la sécurité humaine pourrait avoir une incidence dans deux principaux domaines liés à la société civile :

    • renforcement des capacités, en particulier pour promouvoir l'imputabilité des institutions étatiques et contribuer aux efforts visant à régler les conflits sociétaux de façon non violente;
    • renforcement des liens de la société civile des États membres du Réseau.

    On pourrait évidemment combiner ces deux objectifs. Premièrement, il faudrait faire une enquête sur les activités de la société civile des États membres du Réseau dans un ou deux domaines choisis ainsi que sur les principales initiatives de la société civile qui sont déjà en cours dans les États qui ne font pas partie du Réseau dans les mêmes domaines. L'enquête pourrait être réalisée rapidement, sous réserve que des personnes et des institutions compétentes dans les domaines choisis et qui, préférablement, sont déjà actives au sein des principales initiatives liées à la société civile dans les domaines pertinents y participent. Par exemple, les organisations de la société civile qui travaillent dans les domaines de la démocratisation et de la transformation du secteur de la sécurité nouent déjà des relations interrégionales en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud. En conséquence, les organisations qui participent à des initiatives particulières dans un vaste éventail de pays se font de plus en plus connaître. À la lumière de cette enquête, on pourrait organiser une petite réunion des organisations de la société civile afin de les consulter sur des sujets précis en vue de renforcer les initiatives existantes ou de soutenir de nouvelles initiatives réalisées dans les États membres du Réseau.

    Les participants ont relevé plusieurs domaines qui pourraient profiter d'un couplage accru entre l'aide au développement et la promotion de la sécurité humaine. Au nombre de ceux-ci on compte :

    • le respect des droits de la personne, incluant l'éducation en matière des droits de la personne;
    • l'établissement et le respect de la primauté du droit;
    • le renforcement de la capacité du secteur de la sécurité, et en particulier de la police et des autres membres de l'appareil de justice pénale, à assurer la sécurité des citoyens.

    Actuellement, chacun de ces domaines est soutenu par des organismes d'aide au développement, notamment ceux de plusieurs États membres du Réseau. Les membres du réseau pourraient vouloir déterminer lesquels de ces domaines sont les plus importants pour eux, en tant que groupes, et organiser une séance de consultation des organismes donateurs au sujet des possibilités d'améliorer leurs activités dans ces domaines. On pourrait combiner cette séance de consultation à une enquête sur les rapports de leçons apprises dans le domaine en question afin d'avoir une idée de ce qu'on considère comme de bonnes et de mauvaises pratiques et de la mesure dans laquelle les connaissances soutiennent l'amélioration de la sécurité humaine. Ainsi, les États et les personnes qui participent aux activités du Réseau pourraient prôner l'intégration des résultats des leçons apprises qui améliorent la sécurité humaine au travail des organismes donateurs et de leur propre gouvernement.

    Maximisation des retombées des activités du Réseau

    Si les membres du Réseau décidaient de poursuivre des initiatives liées à la société civile et aux liens entre la sécurité humaine et l'aide au développement et que les activités entreprises dans ces deux domaines étaient complémentaires, l'impact du Réseau serait maximisé (et les ressources, gérées de façon efficiente). Par exemple, si les États membres du Réseau cherchaient à renforcer la promotion des droits de la personne par l'entremise de l'aide au développement, il serait logique de faire en sorte que certains travaux liés à la société civile et soutenus par le Réseau mettent l'accent sur les droits de la personne. Si le Réseau cherchait à renforcer la capacité de la société civile de régler les questions concernant l'appareil de justice pénale et la police, il serait souhaitable de faire le nécessaire pour que l'initiative d'aide au développement se concentre sur les mêmes sujets.

    Même si le plan d'action relatif à la sécurité humaine et au développement humain est vaste et flou, il ne faisait aucun doute pour les participants au colloque que le Réseau pour la sécurité humaine a (et aura) un rôle important à jouer pour faire avancer le dialogue et le débat sur ces questions et pour donner une impulsion aux mesures d'ordre pratique visant à renforcer la sécurité humaine et le développement humain. Le colloque a été un premier pas important dans cette direction.


 English


Mis à jour:
le 14 juin 2005
 
Accueil | Le Réseau | Membres | Réunions Ministérielles | Principes | Déclarations | Société Civile | Événements et Initiatives | Contacts | Liens
Accueil Le Réseau Membres Réunions Ministérielles Principes Déclarations Société Civile Événements et Initiatives Contacts Liens