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ACDI/CIDA
 
Réunions Ministérielles

Harvard Program on Humanitarian Policy and Conflict Research

Les enfants face à l’insécurité :
nouvelles stratégies de survie à l'ère de la mondialisation



Document d’orientation préparé pour le compte du
ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international*

Theresa Stichick 1
Claude Bruderlein 2

Résumé

Le présent document explore la nature de la sécurité des enfants dans le contexte des menaces modernes que constituent la mondialisation et les nouvelles formes de guerre. Il analyse les causes de l’insécurité que vivent les enfants et les stratégies de survie qu’eux et leur famille mettent en œuvre de ce fait. Au moyen d’un certain nombre d’études de cas, il remet en cause l’utilité de programmes d’assistance qui mettent l’accent sur les besoins physiques des enfants isolément de leur milieu social et communautaire. Comme les enfants sont en état constant de développement, la protection de leur sécurité nécessite davantage qu’un soutien contre des maux physiques. Nous faisons valoir dans notre document que quatre dimensions de la sécurité sont importantes pour la protection des enfants en période de guerre : besoins physiologiques, sécurité, relations communautaires et possibilités de développement personnel. Les efforts visant à promouvoir la sécurité des enfants doivent comporter une analyse de ces dimensions fondamentales et traiter les stratégies d’adaptation des enfants et de leur famille comme un guide de leur protection.

Nous intéressons tout particulièrement aux enfants touchés par la guerre, mais l’analyse s’applique aussi aux enfants à risques dans d’autres circonstances, qu'il s'agisse des enfants de la rue ou de ceux qui vivent dans une pauvreté extrême. La sécurité des enfants est particulièrement menacée dans les pays faisant l’objet d’un embargo économique, affligés par un conflit armé ou par une pauvreté extrême. Les menaces d’aujourd’hui surviennent dans le contexte de guerres soutenues par des importations d’armes légères et portatives, et elles ont souvent pour enjeu le contrôle de ressources naturelles précieuses –  pétrole, minéraux, bois de charpente, pierres précieuses -, dont les principaux marchés sont au Nord. La perturbation causée par ces guerres fragmente les familles et isole les enfants.

Bien que peu de ces menaces soient nouvelles, leurs répercussions sur la vie et la sécurité des enfants se sont accrues du fait de la mondialisation du commerce, des migrations et des communications. Les civils, particulièrement les enfants et leur famille, se sont vus contraints d’élaborer de nouveaux mécanismes pour s'adapter au changement. On ne peut plus voir les enfants simplement comme des victimes de la guerre. Ils ont assumé de nouveaux rôles comme chefs de ménage, enfants-combattants, dirigeants étudiants et acteurs de la consolidation de la paix.

Nous explorons dans notre document les effets de la mondialisation sur la sécurité des enfants, particulièrement dans les zones de conflit. Il présente un cadre permettant de structurer les dimensions fondamentales de la sécurité des enfants et il expose comment les stratégies de survie utilisées par les familles et leurs enfants, lorsque les moyens de protection font défaut peuvent servir de signal aux fins de l’amélioration des conditions de sécurité des enfants.

Nous avons rédigé notre document en vue de la réunion du Réseau de la sécurité humaine à Amman les 11-12 mai 2001, avec une contribution du ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international.

I – La sécurité humaine et les enfants

La sécurité humaine retient de plus en plus l’attention comme cadre pour la compréhension des facteurs plus larges qui contribuent à la paix et à la sécurité. Traditionnellement, le but de la sécurité était la protection des frontières étatiques contre des menaces extérieures. Cette approche supposait que si l’État était en sécurité, la sécurité de la population serait automatiquement garantie.

L’approche traditionnelle se heurte à des critiques de plus en plus vives à un moment où plus de 90 % des guerres se déroulent à l’intérieur des États plutôt qu’entre eux. Certains États ont non seulement failli à la tâche de donner un minimum de sécurité à leurs populations, mais ils sont devenus des sources importantes d’insécurité humaine. Dans son Rapport à l’Assemblée du millénaire, le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a écrit ce qui suit :

« Les conventions internationales confient aux États le soin de protéger les civils;
mais aujourd’hui, cette mission traditionnelle est remise en question à
plusieurs titres. Premièrement, les États sont parfois les premiers à s’en
prendre à leurs citoyens qu’ils ont pourtant l’obligation de protéger.
Deuxièmement, les parties non étatiques ignorent souvent le droit humanitaire,
ou le méprisent, en particulier lorsque l’État a implosé. Enfin, les
conventions internationales ne traitent pas de façon adéquate les besoins
spécifiques de certains groupes comme les personnes déplacées ou les femmes et
les enfants se trouvant dans des situations d’urgence complexes.
 »

La perspective orientée vers la sécurité humaine est très différente. Dans ce nouveau cadre, les individus, et non les États, sont l’axe des stratégies de sécurité. La sécurité humaine cherche à protéger la sécurité physique et l’intégrité des particuliers et des collectivités plutôt qu'à défendre les frontières des États contre des menaces de l’extérieur. Les stratégies visant la sécurité humaine sont proactives; elles mettent l'accent sur la prévention des conflits et la consolidation de la paix plutôt que sur les réactions humanitaires. La sécurité humaine est donc à la fois une mesure et un déterminant de la sécurité des États et de la sécurité mondiale.

La situation difficile des enfants dans des zones instables est au cœur du programme d’action en faveur de la sécurité humaine. Confrontés à toute une série de menaces et forcés de jouer de nouveaux rôles, les enfants à risques nous amènent à revoir la définition de l’enfance elle-même. Par suite de la guerre, de la pauvreté extrême et de catastrophes naturelles, de nombreux enfants sont devenus des chefs de ménage, des combattants ou vivent dans la rue.

Étant donné que les enfants se trouvent dans un processus constant de développement, la protection de leur sécurité suppose celle de leur croissance. Cela signifie que pour les enfants, les stratégies de sécurité humaine ne doivent pas seulement protéger les jeunes de la violence, mais aussi instaurer les conditions permettant aux enfants de se développer et d’atteindre leur potentiel. La plus fondamentale de ces conditions est la liberté d'échapper à la violence.

La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CRDE) est au cœur de toute discussion sur la sécurité des enfants. Le fait que certains États ne respectent pas, ni ne protègent, ni ne maximisent les droits de l'enfant contribue à leur insécurité. La CRDE énonce les droits inhérents et les conditions nécessaires pour assurer la dignité et la sécurité humaine des enfants. Dans le cadre de la CRDE, la sécurité des enfants concerne les conditions minimales nécessaires à la survie, à la sécurité physique et au développement des enfants à risques dans des crises humanitaires, des conflits armés, des catastrophes naturelles et un effondrement général sur les plans social et économique. Toute discussion de la sécurité des enfants exige donc qu’on porte une attention particulière à plusieurs articles clés de la CRDE. Figurent parmi eux le droit de l’enfant à la vie et sa survie et son développement maximaux (art. 6), la protection contre toutes les formes de violence (art. 19) et d’exploitation (art. 34-36), le droit à un niveau de vie suffisant (art. 27) et les droits à la santé et à l’éducation (art. 24 et 28). La CRDE souligne également le droit de l’enfant à un nom, à une famille et à une identité nationale, ainsi qu’à la protection d’une séparation injuste de sa famille, ce qui comprend des dispositions relatives à la réunification (art. 7-10). La CRDE fait également précisément allusion à la protection des enfants qui sont réfugiés (art. 22) ou touchés par les conflits armés (art. 38) et à leurs droits à une réadaptation physique et psychologique, et à la réinsertion sociale (art. 39).

La concrétisation des droits des enfants ne consiste pas seulement à répondre à leurs besoins fondamentaux en matière de sécurité, tant s'en faut. Toutefois, en se servant de la CRDE comme d’un guide, une approche de la sécurité humaine des enfants constitue un important point de départ en vue de la compréhension des menaces fondamentales pour la vie, la survie et le développement des enfants.

Comme pour les droits de l'enfant, les éléments clés de la sécurité des enfants dans les milieux déchirés par la guerre ou instables sont liés les uns aux autres et doivent être vus dans une perspective holistiques. Par exemple, il se peut que les enfants touchés par la violence sexuelle dans des conflits armés deviennent vulnérables à la fois à la maladie et à des problèmes de santé mentale. Cet état peut, à son tour, saper leurs chances de réaliser leur plein potentiel, même lorsqu’un conflit s’atténue. La prestation d’une assistance aux enfants pour qu’ils se remettent des blessures de la guerre ne peut se planifier qu’à long terme, au-delà du champ d’action traditionnel des opérations humanitaires. Ces programmes doivent également intégrer la participation des membres de la collectivité à tous les aspects de leur mise en œuvre, parce que les milieux sociaux locaux fournissent le contexte de la réadaptation de ces enfants, qu’ils soient des combattants démobilisés, des enfants victimes d’abus sexuels ou des orphelins.

Le caractère évolutif des menaces contre les enfants, y compris la violence politique, les pratiques en matière de travail et la violence sexuelle croissante, a conféré un nouveau sentiment d’urgence au débat sur la sécurité humaine. Lorsque ces menaces convergent et se transforment en crise, leurs répercussions sur la vie des enfants peut être dramatique. Les conflits armés, en particulier, présentent de nouveaux défis en ce qui concerne la protection de la sécurité des enfants. 

Les guerres tuent plus d’enfants que jamais. Selon l’UNICEF (1996), les enfants dans les zones de guerre ont autant de chances que les adultes de devenir victimes de viols, de torture et d’assassinats. Cette tendance découle, au moins en partie, d’un effritement du respect pour le droit humanitaire. La majorité des conflits contemporains sont des guerres civiles où au moins une des parties belligérantes est un acteur non étatique. Les forces armées non étatiques sont beaucoup moins susceptibles que les armées des États de connaître le droit humanitaire ou de le respecter. Qui plus est, les civils sont devenus des cibles stratégiques dans bon nombre des guerres actuelles. Les enfants sont souvent les victimes de ce recul du respect du droit humanitaire. Étant donné qu’ils sont moins en mesure de se protéger et sont privés de protections juridiques suffisantes, les enfants sont devenus de plus en plus vulnérables à une gamme de pratiques prédatrices et abusives.

Dans des situations d’instabilité et de violence, les enfants subissent des menaces directes pour leur sécurité. Ils risquent également d'être confrontés à des pertes, séparés de leur famille et d’un réseau social élargi, d'avoir de la difficulté à accéder à des services sanitaires et sociaux essentiels, et de se heurter à des obstacles en matière d’éducation et de formation professionnelle.

Définir les enfants dans une perspective de sécurité humaine

On ne peut pas définir de manière grossière les enfants ou l’enfance. Il ne suffit pas de dire que les enfants font partie d’un groupe « vulnérable » : il faut les considérer comme des individus ayant des besoins, des droits et la faculté d'agir et de prendre des décisions selon l’évolution de leurs capacités. La définition d’un enfant, ou de la nature de l’enfance, est profondément infléchie par des normes et attentes culturelles concernant la position sociale, les droits et les responsabilités des enfants. En particulier, les expériences de différents groupes d’enfants diffèrent de manière saisissante selon la race ou le groupe ethnique, l'âge et la classe sociale. Elles varient considérablement aussi selon le sexe. C'est ainsi que les petites filles et les garçons sont touchés de manière différente par les menaces pour leur sécurité et leur survie de base – et ils y réagissent de manière différente.

La CRDE définit un enfant comme étant « tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plutôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». (CRDE, 1989). L’idée des capacités en évolution des enfants est inhérente à la CRDE. Les capacités des enfants, pris individuellement, d’agir en leur propre nom et de participer aux décisions qui ont des incidences pour eux sont dans un état constant de développement.

L’importance qu’il y a à prendre en considération les vues des enfants, et leur droit de participer aux décisions qui les touchent, sont un thème fondamental de la CRDE exposé dans les articles 12-15. Pour comprendre la sécurité des enfants, il faut tenir compte de leurs expériences et de leurs opinions en ce qui concerne la sécurité et le développement, en prenant en compte à la fois leurs capacités en évolution et les meilleurs intérêts de l’enfant. Les politiques relatives à la sécurité humaine doivent prendre en considération les vues des enfants ainsi que leurs rôles d’acteurs et de décideurs dans des processus qui contribuent à la sécurité ou à l’insécurité.

II –  Dimensions fondamentales de la sécurité des enfants

Quels sont exactement les besoins des enfants en matière de sécurité? Comment pouvons-nous élaborer des stratégies pour nous attaquer à l’insécurité des enfants? Il est d’une importance cruciale, dans ce contexte, d’examiner les éléments clés des exigences fondamentales des enfants en matière de sécurité. On peut élaborer un modèle utile à partir de la CRDE et des premiers écrits de Maslow (1954) sur les besoins humains fondamentaux.

Le modèle de la « hiérarchie des besoins » de Maslow est fréquemment invoqué dans des débats portant sur les interventions au nom des réfugiés et d’autres populations vivant des situations difficiles. Maslow a fait valoir qu’il existe une hiérarchie des besoins humains – les plus importants et les plus fondamentaux étant les besoins de survie – l’alimentation, l’eau et un abri. Les besoins fondamentaux en matière de sécurité suivent – une sécurité suffisante pour permettre la satisfaction des besoins d’amour d’un ordre plus élevé : amour et appartenance – et, en dernière analyse, l’estime et la réalisation de soi.

La hiérarchie des besoins de Maslow

La hiérarchie de Maslow place les besoins physiologiques fondamentaux de vivres, d’eau et d’un abri à la base, car ces éléments sont essentiels à la survie. Viennent en deuxième lieu les besoins de sécurité qui assurent la sécurité nécessaire pour des formes plus élevées de développement. Maslow a placé au-dessus des besoins de sécurité des besoins émotifs comme le besoin d’amour et d’appartenance. Les points les plus élevés représentent le besoin d’estime et de réalisation de soi.

On peut se servir d’un modèle similaire pour catégoriser les besoins de sécurité des enfants. Toutefois, il faut accorder une attention particulière à la fois aux liens entre les diverses dimensions des besoins, qui revêtent une telle importance dans le développement de l’enfant, et leurs relations à la communauté qui répond à ces besoins. Il convient d'examiner le contexte de la sécurité des enfants du point de vue de la capacité ou des obstacles auxquels se heurtent les États, les communautés et les familles pour ce qui est de s’attaquer à ces dimensions fondamentales sur le plan de la sécurité. Ce modèle est présenté comme instrument d’analyse plutôt que comme une fin en soi. Il permet de structurer les nombreuses formes sous lesquelles se manifestent les menaces pour la sécurité des enfants, et la réaction de ces derniers. Tout comme le modèle de Maslow, nous reconnaissons l’importance de la santé et des conditions physiques et fondamentales (alimentation, eau et abri), et celles des besoins fondamentaux, pour assurer la sécurité et l’intégrité de la personne. Même si ces conditions de base sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes pour garantir la sécurité des enfants. Peut-être davantage que toute autre phase de la vie, l’enfance est une période caractérisée par la dépendance à l’égard d’autres personnes pour ce qui est de la survie et du soutien émotif. C'est ainsi que les relations et les liens aux autres sont un volet nécessaire de la survie de l’enfant et de son développement sain. De la même façon, au fur et à mesure que les enfants arrivent à l’adolescence, leur besoin d’éprouver un sentiment d’avenir ou de possibilité sur le plan professionnel, devient un passage obligé de leur développement et de leur bien-être.

Interdépendance des besoins de sécurité des enfants

Ce graphique représente l’interdépendance des besoins de sécurité des enfants. La survie est enfants est tributaire des besoins physiologiques, de la sécurité, des relations communautaires et des possibilités de développement personnel. Si l’alimentation, les soins de santé et la protection physique répondent aux besoins de sécurité et physiologiques, par contre les besoins de développement personnel des enfants sont intimement liés à leur milieu social – leur famille et leur communauté. La survie des collectivités, à son tour, dépend de la sécurité de la génération plus jeune. Pour l’essentiel, la sécurité des enfants concerne tout autant le maintien de relations sociales que la satisfaction des besoins de sécurité physiologique et physique.

Les dimensions de la sécurité des enfants sont très interdépendantes. Lorsque les besoins de santé d’un enfant ne sont pas satisfaits, sa capacité de fréquenter l’école est compromise et son potentiel de développement personnel et de succès professionnel est sapé. De la même façon, si on refuse aux enfants la sécurité physique dans leur communauté, il est possible qu’ils cherchent à se protéger en se joignant à des bandes ou à des groupes armés en qualité d’enfants-combattants. Le fait de se réunir en bande à des fins de protection peut favoriser un sentiment d’identité et de collectivité chez des jeunes, même si ces bandes sont façonnées en fonction de divisions ethniques et par la haine. La solidarité armée peut également être une stratégie aidant les enfants à combler leurs besoins fondamentaux, qui consistent à se procurer des vivres, un abri et des moyens de subsistance. Avec les armes légères modernes, les enfants sont tout aussi capables que les adultes d’utiliser une force mortelle. C’est pourquoi le fait de négliger les besoins de sécurité des enfants peut avoir de graves conséquences sur la sécurité de la société dans son ensemble. Les sections qui suivent examinent chacune des dimensions fondamentales de la sécurité des enfants. Dans chacune des quatre sections, nous repérons des exemples de menaces pour les enfants et nous présentons et analysons des stratégies visant à promouvoir leur sécurité, en se servant de leurs stratégies d’adaptation comme d’un guide.

Sécurité et intégrité physique

La réduction de la menace de la violence contre des individus est au cœur de toute stratégie de sécurité humaine. La nature de la violence moderne touchant les enfants est façonnée par le commerce international des armes de petit calibre et des mines terrestres antipersonnel. Le flux des armes légères et portatives – qui tuent le plus grand nombre de personnes dans la plupart des guerres aujourd’hui – est soutenu par la demande locale et par l’offre internationale. L’ouverture croissante des marchés mondiaux, la perméabilité des frontières et la corruption qui règne un peu partout font qu’il est difficile de contrôler le transfert illicite de ces armes. La demande mondiale entretient également la concurrence pour le contrôle de ressources naturelles comme les minéraux, les pierre précieuses, le pétrole et les produits forestiers – secteurs d’extraction qui sont fréquemment liés aux conflits violents.

Les enfants peuvent être exposés à la violence directement ou indirectement. L’exposition directe implique des blessures causées par des armes à feu ou d’autres armes, ou le fait de subir des agressions physiques ou sexuelles. Dans de nombreux cas, le degré d’exposition d’un enfant à la violence peut varier selon le statut socio-économique, le sexe, l'âge et la race ou le groupe ethnique. Par exemple, les garçons tendent à être les premières victimes de la violence physique, tandis que les petites filles sont davantage exposées à la violence sexuelle. La violence est une des premières causes de blessure et de mort chez les jeunes dans le monde entier. Un rapport sur la santé dans les Amériques (Organisation panaméricaine de la santé, 1998) indique que 28,7 % de tous les décès par homicide dans les Amériques ont touché des adolescents ayant de 10 à 19 ans. En Colombie, le taux d’homicide est passé de 101 par 100 000 à 267 par 100 000 de 1985 à 1994 (Ibid.). En 1990, l’Organisation panaméricaine de la santé (1990) a classé l’homicide comme étant la principale cause de décès dans la tranche des 15-24 ans. Aux États-Unis, un récent rapport des Centers for Disease Control (CDC) indique que chez les jeunes ayant de 15 à 24 ans, l’homicide est la deuxième cause de décès dans la population et la principale cause de décès des jeunes Afro-américains (CDC, 1999). En outre, les analystes estiment que le ratio des voies de fait allant de non fatales à fatales pourrait atteindre 100 pour 1 (Rosenberg & Mercy, 1985). Même si elles sont étonnantes, ces statistiques traduisent uniquement les formes extrêmes de violence communautaire (Richters et Martinez, 1993a).

Ces statistiques ne sont habituellement pas disponibles dans le cas des pays moins développés et des zones de conflits où les menaces peuvent être encore plus importantes. Toutefois, elles montrent jusqu'à quel point la sécurité des enfants est menacée dans des pays qui ne sont pas habituellement considérés comme dangereux. La plus grande partie des recherches a mis l’accent sur l’exposition directe à la violence, tandis qu’on a consacré moins d’attention aux conséquences qu’il y a à être témoin d’une violence chronique dans sa collectivité. Le fait d’être témoin de la violence est associé à une gamme de conséquences émotives et comportementales allant de l’anxiété et de la dépression à un renforcement de la tendance à la délinquance (Buka et. al, sous presse). Il faut mener à bien des travaux pour comprendre les effets psychologiques sur des enfants qui grandissent dans un contexte de violence soutenue. Avec la prévalence accrue de la violence dans certaines régions, l’approche dominante des traumatismes infantiles, qui concerne des enfants exposés à des événements uniques et chargés d’émotion, se voit remise en cause. Dans certaines régions de conflits, des générations entières d’enfants ont grandi sans connaître autre chose que la guerre et les bouleversements. Confrontés à une insécurité et à une peur constante, ils ne demeurent pas tous des victimes passives. Au fur et à mesure que leurs capacités évoluent, les enfants confrontés à l’insécurité façonnent leurs propres stratégies d’adaptation et, dans certains cas, ils participent directement à la conduite des hostilités.

Ces types d’engagement peuvent aussi aider les enfants à redécouvrir un sentiment de contrôle dans une situation chaotique et imprévisible. Certaines recherches sur le développement des enfants montrent qu'une identification forte à une idéologie politique peut protéger des enfants exposés à la violence politique et est liée à l'atténuation des problèmes émotifs et comportementaux chez les jeunes (Punamaki, 1996). Il se peut aussi que des enfants cherchent à se protéger en se joignant à des groupes de résistance, parfois en prenant les armes. Certains ont indiqué que le fait de se joindre à des forces armées est un moyen de se protéger contre les menaces à leur propre sécurité (Goodwin-Gil & Cohn, 1996). Vus sous cet angle, certains aspects du phénomène des enfants-combattants peuvent être perçus comme une stratégie d’adaptation d’enfants menacés. Pourtant, cette stratégie de survie peut exposer les enfants à d’autres dangers et alimenter des cycles d’instabilité et de violence, ce qui accroît l’insécurité générale de la communauté.

Étude de cas : Participation des jeunes à l’instabilité au Moyen-Orient

Le stress et la violence chroniques signifient que les enfants dans des conflits élaborent souvent des mécanismes d’adaptation psychologique, comportementale et cognitive. Les jeunes Palestiniens dans des camps de réfugiés, particulièrement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, fournissent un exemple intéressant de cette dynamique. Bon nombre des stratégies d’adaptation peuvent être considérées comme des réactions saines à un environnement malsain, comme l’occupation militaire et la violence politique. Toutefois, des adaptations « pathologiques » d’enfants s’efforçant de survivre ont également été observées chez des enfants exposés à une violence chronique à la fois dans des milieux urbains aux États-Unis et au Moyen-Orient (Garbarino, Kostelny & Dubrow, 1991).  L’exposition à une violence soutenue, conjuguée à des espoirs brisés pour l’avenir, peut insensibiliser les enfants aux dangers et aux conséquences de la violence (Garbarino et. al., 1992). De ce fait, certains enfants peuvent prendre des risques supplémentaires dans l’espoir de se donner un sentiment de contrôle.

De plus, la façon dont une guerre est perçue dans la collectivité peut atténuer les répercussions de la violence sur les enfants. Le concept de « sumud », la volonté de continuer malgré les difficultés, a été une force pour les Palestiniens survivant sous l’occupation ou dans les camps de réfugiés (Garbarino et collègues, 1991). L’idéologie peut offrir une source de résilience psychologique au milieu du stress causé par la guerre, car elle donne à la population un sentiment de but à atteindre et d’identité. Les recherches sur les enfants israéliens démontrent qu’un vigoureux engagement idéologique peut protéger contre l’anxiété, la dépression et les sentiments d’échec chez des enfants exposés à des difficultés politiques (Punamaki, 1996). Par comparaison, les enfants qui n’ont que de faibles engagements idéologiques ont généralement davantage de problèmes psychosociaux après avoir été exposés à des troubles politiques.

Toutefois, les idéologies auxquelles on adhère profondément peuvent constituer une épée à double tranchant. Bien qu’elles puissent fournir un certain degré de sécurité psychologique aux enfants et aux familles, elles peuvent aussi exacerber les tensions intercommunautaires, ce qui rend plus difficile le règlement du conflit. Ces idéologies peuvent aussi pousser les jeunes sur les lignes de front du conflit. Un article publié récemment dans le Boston Globe faisait ressortir que 50 des 204 civils Palestiniens tués fin 2000 avaient moins de 17 ans, certains ayant seulement 12 ans. (Sennott, 2000).

Besoins physiologiques de base

-  Santé

Les besoins sanitaires et physiologiques sont au cœur de la sécurité des enfants. La CRDE expose en détail le droit de l’enfant à la survie, à la vie et au développement (art. 6), à la santé (art. 24) et à un niveau de vie, une attention particulière étant accordée à la nutrition et au logement (art. 27). Dans de nombreuses régions du monde, ces droits sont continuellement menacés par suite des conflits et de l’instabilité politique. L’insécurité et la violence sapent les infrastructures essentielles de santé et de services qui, en temps normal, fournissent aux enfants et à leur famille des vivres, de l'eau et un abri. La susceptibilité des jeunes enfants à la maladie les rend particulièrement vulnérables à l’effondrement des services de soins de santé, aux pénuries alimentaires et aux déplacements de populations en période de conflit.

Parmi les réfugiés et les personnes déplacées, la majorité des décès sont causés par la maladie au lieu de résulter directement de la violence. Des dix pays présentant le taux le plus élevé de décès d’enfants ayant moins de cinq ans, sept sont touchés par des conflits armés (Nations Unies, 1996). La satisfaction des besoins physiologiques de base et l’accès aux soins de santé sont une dimension cruciale de la sécurité des enfants. 

Pleins feux : les répercussions du VIH/sida sur les enfants

Les conflits et les migrations forcées qui s'y rattachent ont accéléré la propagation du virus du VIH/sida. Le VIH/sida a des effets à la fois directs et indirects sur la sécurité des enfants. Le programme ONUSIDA estime en ce moment que la majorité de toutes les nouvelles infections du VIH survient chez les enfants et les jeunes de moins de 25 ans (ONUSIDA, 2000). Les enfants sont également touchés en raison du décès de leurs parents et d’autres soignants, de sorte que près de 13,2 millions d'entre eux se retrouvent orphelins. Les enfants devenus orphelins à cause du sida risquent davantage que les autres de souffrir de mauvaise nutrition, de maladies et de mauvais traitements ou d'être exploités sexuellement. (Rapport du Secrétaire général de l’ONU, 2001). Le VIH/sida a des répercussions particulières sur les fillettes auxquelles il incombe de soigner des parents malades ou qui sont devenues les chefs du ménage après la mort des soignants. Le risque d’exploitation sexuelle est particulièrement important dans le cas de celles qui sont seules pour affronter la pauvreté et qui sont forcées d’adopter des rôles d’adultes. En outre, les enfants devenus orphelins à cause du sida sont souvent confrontés à la stigmatisation et à la discrimination au sein de leur collectivité. Les stratégies de survie utilisées par les enfants et leur famille pour faire face à la pandémie illustrent les liens entre les menaces fondamentales à la sécurité des enfants.

- Faim et malnutrition

La faim et la malnutrition sont intrinsèquement liées à la sécurité des enfants. Les déficiences nutritionnelles compromettent gravement la capacité d’un enfant de combattre la maladie. La faim et la malnutrition chez les enfants sont des menaces fondamentales à la sécurité des enfants, car elles nuisent aux conditions qui permettent aux enfants de survivre et de parvenir à un développement maximal. La situation des enfants dans le monde 1998, rapport publié par l’UNICEF, a qualifié la faim « d’urgence silencieuse », citant des éléments de preuve de l’OMS, selon qui la malnutrition a constitué un facteur dans plus de la moitié des décès d’enfants dans les pays en développement en 1995 (UNICEF, 1998). Même si, au cours des trois dernières décennies, le taux de malnutrition sévère a reculé à l’échelle mondiale, certaines régions du monde, particulièrement l’Afrique subsaharienne, ont connu une augmentation de l’insécurité alimentaire chronique (Costello & White, 2001). Cette région est aussi la région la plus susceptible de connaître des conflits violents.

Dans certaines régions, le conflit exacerbe l’incapacité de répondre aux  besoins nutritionnels et sanitaires de base des civils, les enfants étant particulièrement touchés. Par exemple, le long conflit de 12 ans au Salvador a aggravé les problèmes chroniques de faim dans la region (Brentlinger et. al, 1999). Dans l'accord de paix de 1992, on s’est efforcé de corriger les injustices économiques antérieures à la guerre, sans s'attaquer cependant à l’insécurité des enfants, particulièrement en ce qui concerne la santé et les besoins nutritionnels. Longtemps après l’atténuation du conflit, la malnutrition infantile a persisté à des taux extrêmement élevés.

La recherche (ibid.) a révélé que le taux de malnutrition infantile était directement lié à un retard dans la mise en œuvre des programmes de reconstruction et à la non-prestation des services sanitaires et sociaux fondamentaux. Le problème de la malnutrition persistante était « associé de très près à des retards dans la culture des terres redistribuées et la fourniture d’eau. » En ne s'attaquant pas à ces questions, le Salvador continue de se heurter aux mêmes disparités sur le plan des possibilités qui ont sous-tendu des années de conflit.

Pleins feux : les répercussions des sanctions sur les enfants

Ces dernières années, on a attaché beaucoup d’attention aux répercussions des sanctions sur la santé et la survie des enfants et des familles. La surveillance du point de vue de la santé publique, des répercussions des sanctions a fait ressortir que les personnes vulnérables, particulièrement les enfants, sont le plus durement touchés (Gibbons & Garfield, 1994). Une étude des répercussions en Haïti de 1991 à 1994 montre que les sanctions avaient contribué à la baisse des revenus, à l’augmentation du chômage, à une aggravation des indicateurs nutritionnels et à une augmentation de la mortalité chez les enfants de 1 à 4 ans, à une diminution de l’attention accordée au bien-être et à l’éducation des enfants, et à l’effondrement des relations familiales. Dans le cas de l’Iraq, on a observé un accroissement soutenu de la mortalité infantile en conséquence directe des sanctions de l’ONU. Les chercheurs attirent l’attention sur les multiples « stratégies de survie » employées par les familles confrontées aux sanctions. Selon les enquêtes, les familles ont vendu certains de leurs biens et se sont installées dans des logements encombrés. Les femmes, en particulier celles ayant de jeunes enfants, étaient davantage susceptibles de demeurer avec des partenaires violents et abusifs. Les familles touchées ont fait des choix de régime alimentaire ayant pour conséquence une nutrition de moindre qualité. Les femmes avaient moins de temps pour la préparation d’aliments et pour l’allaitement. De nombreuses mères ont recherché du travail dans des zones plus éloignées, ce qui a exercé des pressions supplémentaires sur les soins aux enfants et sur leur surveillance. De nombreuses familles se sont livrées à des activités illégales pour joindre les deux bouts, y compris la « vente de soi-même ou d’une fille » à la prostitution (ibid). 

Appartenance et relations communautaires

Pour les enfants, les relations avec les soignants sont nécessaires à la survie et à la croissance, pendant que les enfants évoluent d’un état de dépendance totale et acquièrent la capacité de s’occuper d’eux-mêmes. Le besoin de rapports, de l’attachement à d’autres et d’un sentiment d’appartenance forme la troisième dimension fondamentale de la sécurité des enfants. Ces rapports soutiennent la vie pendant la petite enfance et jettent les fondements du développement social, émotif et moral.

Les enfants se trouvant dans des milieux manquant de sécurité créent souvent leur propre « famille » d’adoption pour se lier aux autres, garantir leur propre protection, partager les ressources et gérer le risque – l’étude de cas présentée ci-dessous sur les ménages dirigés par les enfants au Rwanda illustre ces faits. Le fait que les organisations internationales d’aide ne reconnaissent pas les ménages dirigés par les enfants dans les évaluations des besoins et dans la répartition de l’aide peut miner les efforts de ces jeunes pour assurer leur survie.

Les enfants et les adolescents ont besoin de se développer dans le cadre de relations qui les soutiennent. Cette prise de conscience a conduit à critiquer l’institutionnalisation des enfants dans un cadre de garde comme des orphelinats. Pourtant, dans de nombreux pays où les maladies ou les conflits ont créé de nombreux orphelins, le gouvernement est incapable d’apporter une autre réponse. Au Sri Lanka, les orphelinats se multiplient et suffisent à peine à accueillir les orphelins qui arrivent à leurs portes, dont le nombre « double tous les deux mois » (Bush, 2000).  

En l’absence de solutions de rechange, la nature des soins en institution, caractérisée par la mesure dans laquelle un enfant reçoit de l’amour et des soins chaleureux, a des incidences importantes sur son développement et sur sa sécurité. Selon les recherches sur les orphelins menées en Érythrée, les institutions dont la totalité du personnel participe à la prise de décisions, et où l’autonomie des enfants est encouragée au moyen d’interactions étroites avec le personnel, ont favorisé beaucoup plus efficacement le bien-être émotif des enfants. Les enfants se trouvant dans des établissements structurés où les relations avec le personnel sont impersonnelles étaient davantage susceptibles d'éprouver un sentiment de détresse émotive (Wolff & Fesseha, 1998). Chaque fois qu’il n’existe pas de solution de rechange à l’institutionnalisation des enfants, il faut veiller à la nature des soins pour qu'ils favorisent la sécurité et le bien-être des enfants. Dans le même ordre d’idées, le placement des enfants en famille d’accueil ne peut à lui seul être considéré comme une solution simple. Il faut porter attention à la nature de la relation avec le soignant et à la capacité d'inscrire celle­-ci dans la durée.

- Santé mentale et connectivité

Les études occidentales révèlent que le soutien accordé aux enfants par leurs pairs ou leur famille contribue à protéger la santé comportementale et émotive d’un jeune (Resnick et. al., 1996). Il a été démontré que les collectivités où existe un sentiment de cohésion et où les gens assument des rôles actifs afin de réorienter les comportements négatifs ont réduit l’incidence de la violence globale, sans égard à la composition raciale ou ethnique ni au statut socio-économique. (Sampson et. al., 1997)

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Les premières études sur les réactions des enfants à la guerre ont fait ressortir l’importance du soutien d’un être cher pour atténuer leurs réactions à des circonstances difficiles. Anna Freud et Burlingham (1943) ont fait observer que si des bombardements se produisent à un moment où les enfants sont pris en charge par leur propre mère, ou par des remplaçantes de leur mère venant de leur famille, ils ne semblent pas particulièrement affectés (p. 37). Une autre étude sur les enfants pendant les évacuations britanniques au cours de la Deuxième Guerre mondiale (Henshaw & Howarth, 1941) conclut que, pour les enfants, l’évacuation en elle-même a causé plus de tensions sur le plan émotif que les raids aériens. Les effets psychologiques de la violence sur les enfants sont peut-être davantage fonction du degré de soutien social fourni aux enfants que du degré abject de violence dont ils sont témoins.

L’importance des soutiens sociaux doit se traduire dans les efforts pour protéger la sécurité des enfants. Les stratégies visant à favoriser les soutiens sociaux et les « environnements » favorables aux jeunes sont nécessaires pour contribuer à protéger les enfants touchés par la guerre des risques sur les plans comportemental et émotif. Une étude des réfugiés cambodgiens vivant aux États-Unis (Kinzie, et. al., 1986) a permis de constater que le placement au sein d’une famille nucléaire avait un effet protecteur important contre les troubles de société mentale. Les auteurs de l’étude ont observé que les enfants réfugiés dans une famille d’accueil cambodgienne ou américaine qu’ils ne connaissaient pas auparavant étaient beaucoup plus susceptibles de faire l’objet d’un diagnostic de trouble psychiatrique. De fait, les chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation notable entre la gravité de l'horreur vécue par les adolescents dans les camps de concentration, sous le régime de Pol Pot, et le diagnostic psychiatrique ultérieur. Ce qui semblait importer le plus, c’était le soutien fourni aux enfants après l’événement, en l'occurrence, le placement auprès d’un membre de la famille qu’ils connaissaient.

Les garçons et les petites filles peuvent avoir des besoins de soutien social différents. Des études d’enfants koweïtiens pendant la guerre du Golfe ont révélé que le soutien social atténuait les effets du traumatisme chez les petites filles, mais non chez les garçons. (Llabre et Hadi, 1997) Dans l’ensemble, les petites filles ont fait état d’un degré plus élevé de soutien social que les garçons. Des études plus approfondies de ces différences peuvent faciliter l’élaboration de stratégies visant à répondre aux besoins des enfants exposés aux traumatismes de la guerre.

Étude de cas : ménages dirigés par des enfants après le génocide du Rwanda

On croit que, par suite du génocide, il existe au Rwanda aujourd’hui quelque 60 000 ménages dirigés par des enfants (BBC, 2001). Bon nombre des enfants dans ces « familles » reconstituées ont perdu leurs parents dans le conflit et luttent aujourd’hui pour leur survie. Les communautés rwandaises ont été transformées du fait du génocide. Les structures familiales qui soutenaient auparavant les enfants ont été détruites et les priorités ainsi que les valeurs des communautés ont changé. Les enfants n’occupent plus la place centrale dans la communauté, car les familles luttent pour leur stricte survie. Les changements de la structure et du fonctionnement de la communauté ont refaçonné les rôles qu’assument les jeunes, de sorte que les ménages dirigés par des enfants doivent gérer leur propre survie, souvent sans beaucoup d’aide ou de reconnaissance de la part de leur communauté. De manière générale, ces ménages se composent d’un adolescent qui élève plusieurs enfants plus jeunes, dont certains sont des parents et d’autres pas. Selon Vision mondiale (1998, trois de ces ménages sur quatre sont dirigés par des personnes de sexe féminin qui sont confrontées à des risques élevés de mauvais traitements et d’exploitation. Des rapports récents de la BBC rendent compte, dans les mots des enfants eux-mêmes, de la façon dont ils sont arrivés à « s’adapter » à leur situation.

Une interview avec « Habasa », une fille de 17 ans, est particulièrement révélatrice. Dès le début de l’interview, elle dit au reporter de la BBC : « Je ne peux pas aller à l’école aujourd’hui parce que le bébé a la malaria et la diarrhée ». Elle explique que cela se produit chaque fois que le bébé est malade, mais le fait de manquer l’école la trouble et elle a de la difficulté à jouer son nouveau rôle : « Je veux aller à l’école. Ce n’est pas facile de s’occuper du bébé et de mes jeunes frères et sœurs ». Lorsqu’on lui demande comment ils se débrouillent, Habasa déclare que d’autres personnes leur fournissent de l’aide par intermittence : « Nous obtenons de l’aide des voisins et du gouvernement, mais cela ne suffit pas. Parfois elle est disponible, parfois elle ne l’est pas. » En sa qualité de membre le plus âgé de la famille, son principal souci est de « s’occuper des enfants. Vous savez, je suis encore très jeune et je ne peux pas y arriver. Mais je n’ai pas d’autre choix, il faut que je fasse ce que je suis censée faire ». Pour Habasa, la famille qu’elle et ses frères et soeurs ont créée représente leur moyen de gérer la perte de leurs parents. Lorsque l’intervieweur demande si elle se souvient de ce que la vie était avant de perdre ses parents, elle dit : « C’est assez pour vous rendre fou, mais alors, que faire sauf prier Dieu. Vous apprenez à vous adapter. » (BBC, 2001)

Les difficultés auxquelles les ménages dirigés par des enfants sont confrontés se rencontrent un peu partout. Vision Mondiale fait état de ce qui suit :

« Les ménages dirigés par des enfants sont privés d’amour, de sécurité, d’un sentiment d’appartenance, d’acceptation et de soins. Ils n’ont personne vers qui se tourner et ils vivent dans des conditions très difficiles, sans les éléments fondamentaux qui sont nécessaires à la vie. Cela les force à s’adonner à divers emplois temporaires pour gagner leur vie. Habituellement, on les exploite ou on profite d’eux, d’où le manque de confiance envers la société qui est censée les protéger. Cela force les enfants à grandir du jour au lendemain pour affronter des responsabilités d’adultes et les âpres réalités de la vie :  s’occuper de frères et sœurs plus jeunes avec à peine de quoi survivre. La plupart des biens laissés par leurs parents ont été emportés par des parents ou des voisins. » (1998)

Souvent, il existe de formidables tensions entre les ménages dirigés par des enfants et leur collectivité. De nombreuses familles de la collectivité sont aussi démunies que les ménages dirigés par des enfants et « estiment que ces voisins sont un fardeau supplémentaire pour eux, en plus des nombreux problèmes qui se posent dans leur famille ». (Vision mondiale, 1998, p. 4). Une série d’interviews réalisées auprès des enfants et de la collectivité au Rwanda a fait ressortir cinq besoins prioritaires : abri, nourriture, sources fiables de revenu, éducation et santé (Vision mondiale, 1998). Ces domaines prioritaires correspondent aux quatre dimensions de la sécurité des enfants examinées dans notre document. Les interviews ont également mis en évidence le lien entre l’espoir pour l’avenir et le traumatisme psychologique. Une interview de Nyirahabimana Epiphanie, âgé de 13 ans, a donné lieu à la réponse suivante : « Peut-être que les enfants dont je m’occupe vont devenir intelligents à l’école, mais je ne me vois pas devenir quoi que ce soit. En fait, je n’aime pas penser à l’avenir. » (Vision mondiale, 1998, p. 18).

On a également discuté des méthodes d’adaptation des jeunes : « les enfants dans les ménages dirigés par des enfants font preuve d’un degré élevé de capacités latentes et, dans de nombreux cas, d’initiative dans leurs efforts pour survivre. Ce sont des capacités qu’on peut montrer à maîtriser, initiative qui s'avérera bénéfique aux collectivités qui choisiront de la mettre en valeur. » (Vision mondiale, 1998, p. 4).

Accès à des moyens de subsistance et au développement personnel

La quatrième dimension de la sécurité des enfants concerne leur avenir et les possibilités qui s’offrent à eux de développer tout leur potentiel. Cette dernière dimension établit un lien crucial entre la sécurité des enfants et leur environnement social.

- Éducation

À l'heure de la mondialisation économique, même dans les pays les plus pauvres, l’éducation est essentielle à l’avancement des enfants. L’éducation est le moyen primordial d’acquérir les compétences et les qualifications nécessaires pour obtenir un emploi rémunérateur, soutenir la concurrence et réussir.

L’éducation joue également d’autres rôles importants dans la survie et le bien-être des enfants. Un accès en temps opportun à des possibilités dans le domaine de l’éducation est extrêmement important pour les enfants déplacés en raison d’un conflit armé. La prestation rapide d’une éducation peut redonner de la prévisibilité et un soutien social à des vies perturbées par la guerre (Aguilar et Retamal, 1998; UNICEF 1999; HCR 1997). Pour les enfants déplacés, les programmes d’éducation représentent aussi une forme de protection, étant donné que les écoles sont des endroits sûrs où on peuvent surveiller le bien-être physique et mental des enfants. Des programmes d’éducation participatifs peut également contribuer à la mise en place de réseaux et de soutiens sociaux entre les enfants et le personnel, et entre les enfants eux-mêmes. Le Comité international de secours gère des programmes d’éducation d’urgence qui accordent la priorité à l’interaction des jeunes déplacés avec les enseignants, les parents et les membres de la communauté. Ces approches participatives pourraient favoriser un « accent » sur les enfants au sein de la communauté déplacée et un sentiment d’appropriation des programmes chez les jeunes et les membres de la communauté. 

L’éducation et la possibilité d’acquérir des compétences professionnelles aident les enfants à conserver leur foi en l’avenir. De faibles taux d’alphabétisation parmi les jeunes déplacés, particulièrement ceux dont la scolarisation a été interrompue pendant des années de conflits prolongés, menacent sérieusement leur bien-être futur. En négligeant d'améliorer les perspectives de vie des enfants, on accroît le risque qu’ils ne recherchent des solutions violentes aux problèmes auxquels ils seront confrontés plus tard. Les stratégies de promotion de la sécurité des enfants devraient tenir compte de la corrélation entre une éducation perturbée, un faible taux d’alphabétisation et la santé mentale.

Étude de cas : l’alphabétisme des jeunes tchétchènes déplacés en Ingouchie

Les familles tchétchènes et leurs enfants ne s’étaient pas encore remis des répercussions de la guerre civile de 1995-1996 qu’ils ont été déracinés à nouveau de leur foyer à la fin août 1999. Depuis septembre 1999, la République d’Ingouchie a absorbé près de 200 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur pays en provenance de la Tchétchénie voisine. Selon de récentes estimations, plus de 45 % des déplacés ont moins de 18 ans (OCHA, décembre 1999). Les contacts avec les familles ont révélé que les perspectives d’éducation s’offrant aux jeunes personnes déplacées inquiétaient grandement les parents, les membres de la communauté et les jeunes eux-mêmes (CIS, 2000). Comme les enfants tchétchènes ne sont pas acceptés actuellement dans le système scolaire ingouche, il a fallu créer des programmes d’éducation d’urgence pendant leur déplacement prolongé.

En janvier 2000, le Comité international de secours (CIS) a lancé des activités d’éducation non institutionnelle et de loisirs pour répondre aux besoins exprimés par les jeunes Tchétchènes déplacés en Ingouchie. Le CIS a un modèle unique en son genre d’éducation d’urgence, fondé sur les droits. Le modèle du CIS insiste sur les jeunes et la participation communautaire dans la planification et la mise en œuvre du programme. Une évaluation initiale axée sur les adolescents a montré que la majorité des Tchétchènes déplacés avait de très bas taux d’alphabétisme de base. Le personnel du CIS a supposé que ces faibles taux d’alphabétisme étaient liés à la perturbation des possibilités de recevoir une éducation en Tchétchénie depuis la guerre de 1994-1996. Un sondage réalisé auprès d’adolescents a confirmé que la majorité d’entre eux avaient été déplacés antérieurement. Ces constatations ont amené le CIS à adapter ses programmes de manière à s’attaquer au faible taux d’alphabétisme, parce qu’il posait une grande menace à la sécurité et au développement futur de cette génération de jeunes. Dépourvue des compétences nécessaires pour soutenir la concurrence dans la nouvelle économie, une génération entière de jeunes Tchétchènes pourrait de se retrouver dans l’incapacité de réussir. Se voyant refuser l’accès à l’économie légale, certains pourraient être tentés de se tourner vers la violence ou la criminalité pour garantir leur subsistance. Des stratégies d’adaptation de ce type pourraient saper la consolidation de la paix à l’avenir et les tentatives de réconciliation, ainsi que le développement. 

Ces sentiments s’expriment par les mots d’une femme de 18 ans vivant dans une des nombreuses colonies de peuplement d’Ingouchie :

« Les enfants sont probablement l’avenir, je crois que oui. Donc, s’il y a une meilleure éducation dans cet avenir, la vie à Grozny sera aussi meilleure… les gens vivront mieux… si les enfants ne sont pas éduqués et n’ont pas de discipline, il n’y aura pas d’avenir à Grozny” (Stichick, 2001).

Les constatations du CIS ont des incidences du point de vue de la santé mentale de ces enfants touchés par la guerre, étant donné que le fonctionnement psychologique général des enfants peut être entravé par des limitations comme un faible taux d’alphabétisme. Une compréhension claire des rapports entre l’alphabétisme, la santé mentale et l’adaptation sera très précieuse en vue de clarifier les obstacles auxquels cette génération de jeunes pourrait se heurter.

- Travail

Bon nombre des enfants du monde travaillent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Un récent sondage donne à penser que 73 millions d’enfants et 13 % de ceux qui ont de 10 à 14 ans « ont un emploi ». (La situation des enfants dans le monde 1997). La situation des enfants dans le monde 1997 fait valoir que le travail des enfants comporte à la fois des inconvénients et des avantages. Pour les enfants, le travail peut être « bénéfique, renforçant ou favorisant le développement physique, mental, spirituel, moral ou social de l’enfant sans compromettre sa scolarité, ses loisirs et son repos. » (p. 26). Pourtant, le travail des enfants peut aussi avoir un caractère d’exploitation et menacer les droits à la survie et au développement de l'enfant, comme ils sont codifiés à l’article 6 de la CRDE. La Convention condamne des pratiques comme le travail des enfants en servitude pour dettes et la prostitution infantile comme étant des menaces fondamentales à la vie, à la survie, au développement et aux intérêts supérieurs de l’enfant. L’adoption récente de la Convention de l’OIT sur le travail des enfants marque un progrès important dans les efforts visant à mettre fin aux formes les plus dangereuses de travail des enfants.

La main-d'œuvre infantile dans le monde est confrontée, pour une large part, à des conditions dangereuses et à de graves risques professionnels. La mondialisation alimente la demande croissante de main-d'œuvre infantile et l’instabilité politique fait en sorte qu’il est plus difficile de faire appliquer les normes du travail. Le travail des enfants a connu un accroissement spectaculaire à la suite de la restructuration économique en Europe centrale et orientale, et de la croissance des industries de services aux États-Unis et au Royaume-Uni (UNICEF, 1997). Dans de nombreux pays d’Afrique, les familles s’en remettent de plus en plus au travail des enfants à cause de l’instabilité politique, du manque d’emplois pour les adultes et du fléau du VIH/sida. ( ibid .).

Les enfants travaillent pour tenter de réduire les pressions économiques, mais il faut évaluer le travail des enfants du point de vue de ses répercussions sur les droits et la sécurité des enfants. Lorsque le travail menace la santé physique et mentale des enfants, nuit à leur éducation ou à l'acquisition de compétences professionnelles, il menace leur sécurité immédiate et, aussi, la sécurité future de leur communauté.

- La participation des enfants à l’amélioration de leur sécurité

Les enfants doivent participer aux décisions et aux stratégies qui visent à protéger leur sécurité. Le droit fondamental des enfants d’être consultés et de participer aux décisions qui ont des effets sur leur vie (prise en compte des intérêts supérieurs de l’enfant ainsi que de leurs capacités en évolution) est un principe central de la CRDE énoncé aux articles 12-15. Les stratèges doivent être conscients que les jeunes prennent constamment des mesures de leur propre chef, qu’on les reconnaisse officiellement ou nom comme étant de la « participation ». Les stratégies de survie des enfants et de leur famille face à l’adversité révèlent la portée de leur capacité d’agir lorsque d’autres protections font défaut. Il sied de comprendre ces stratégies d’adaptation dans tout effort pour mettre en oeuvre des politiques visant à assurer la sécurité des enfants.

La participation des enfants à la prise de décisions va d’un simple aspect symbolique à une véritable participation guidée et à la prise de décisions communes avec les adultes. (Hart, 1992). Faire participer des jeunes à des processus qui les touchent nécessite un engagement soutenu à long terme. Comme nous l’a appris la participation des jeunes à la Conférence internationale des enfants touchés par la guerre à Winnipeg, au Canada, la souplesse, un engagement qui s'inscrit dans la durée et le fait de surmonter le scepticisme des adultes sont tous nécessaires à une véritable participation des jeunes (Cockburn, 2001).

Étant donné que certains des enfants touchés par la violence d’aujourd’hui sont les dirigeants et les décideurs de main, l’argumentation en faveur de leur participation à des processus de paix et à des initiatives postérieures aux conflits est très convaincante. Parmi les exemples intéressants de la participation d’enfants à des initiatives visant à rétablir la paix dans des régions instables, mentionnons le Mouvement des enfants pour la paix en Colombie et le Mouvement national des garçons et petites filles du Brésil (voir l’étude de cas ci-dessous). Certains programmes d’ONG,  comme l’action du Comité international de secours en Ingouchie et la Commission des femmes pour la recherche des femmes et enfants réfugiés au Kosovo, ont réussi à intégrer une dimension jeunesse dans leurs efforts pour évaluer et améliorer les programmes en faveur des enfants.

Étude de cas : sensibilisation mondiale aux droits des enfants et le Mouvement des droits des garçons et petites filles de la rue au Brésil

Il existe de nombreux exemples de la façon dont la mondialisation force les enfants à adopter de dangereuses stratégies d’adaptation, qui mettent en péril leur sécurité et celle de leur communauté. Toutefois, il existe aussi des exemples convaincants qui montrent que les échanges rapides d’information et d'idées peuvent donner une impulsion à l'adoption de stratégies novatrices visant à rehausser la sécurité des enfants. Un des résultats les plus prometteurs de la mondialisation est la mise en commun d’informations, qui a débouché sur une sensibilisation croissante à des questions comme les droits de l’enfant. Les mouvements de défense des droits menés par des enfants dans une région du monde offrent maintenant le potentiel de déclencher des initiatives par-delà les barrières du temps, de l’espace et des cultures. Le mouvement des droits des enfants de la rue au Brésil est un exemple important de ce phénomène.

 

Comme l’a affirmé Stephen Jay Gould (1977), les plus grandes forces de l’évolution se situent en marge. La transformation et l’amélioration peuvent émaner des contextes les plus défavorables et les plus dangereux. Telle est l’histoire du Brésil et du Mouvement des droits des garçons et des petites filles de la rue qui a émergé au Brésil à la fin des années 70 et 80. Des niveaux épidémiques de violence et le fait que les enfants de la rue suivent le « miracle économique » du Brésil, qui a échoué, ont abouti à des appels en faveur d’une nouvelle intervention en faveur du bien-être des enfants. S'inspirant du Mouvement international pour les droits des enfants, qui a débouché sur la rédaction de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant en 1989, le Mouvement national des garçons et petites filles de la rue a commencé ses activités au début des années 80. Avant cette période, on considérait que le phénomène des enfants de la rue était la résultante d'une « pathologie sociale » individuelle (Dos Santos, 2001). À l'opposée, un certain nombre d’initiatives de la base s’attaquant aux pratiques sociales et éducatives a commencé à gagner en popularité, motivées par l’esprit du mouvement international en évolution des droits des enfants. Auparavant, on avait vu dans les enfants de la rue des citoyens de deuxième classe, les bénéficiaires « d’interventions caritatives » plutôt que les titulaires de droits. Cette perception révisée des enfants était inspirée par un nouvel instrument de revendication, la Déclaration internationale des droits des enfants, diffusée par les Nations Unies.

Au Brésil, force a été de constater que de multiples facteurs structurels (économiques, politiques, historiques et culturels) constituaient les racines des contraintes amenant les enfants à la rue. On a commencé à comprendre que le problème en était un davantage d’exclusion que de marginalisation. La nouvelle culture des droits a mis en lumière que les enfants de toutes sortes avaient « le droit d’avoir des droits » (Dos Santos, 2001), y compris ceux de la rue. Le Mouvement national des garçons et des petites filles, dont la direction était partagée entre des adultes et des enfants de la rue, n'était qu'une des nombreuses organisations qui ont dirigé l’offensive afin d’intégrer les besoins et les droits des enfants de la rue et de la main­-d'œuvre infantile aux fondements juridiques du nouveau gouvernement démocratique. Agissant au sein de coalitions, ces organisations ont mis l’accent sur la lutte contre la violence à l'endroit des enfants de la rue et exercé des pressions sur le Congrès pour qu’il intègre les droits des enfants à la nouvelle constitution brésilienne (1988). En dépit d’une opposition formidable de la part de groupes conservateurs, une large coalition bénéficiant d’un vaste soutien de la population, est parvenue à faire adopter une loi progressiste intégrant et élargissant le contenu de base de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. La loi de mise en œuvre du Statut de l’enfant et de l’adolescent a été signée et est entrée en vigueur le 13 juillet 1990 (Klees et. al., 2000).

III  –  Mettre l’accent sur les menaces à la sécurité des enfants

Les descriptions qui suivent illustrent les liens qui unissent les quatre dimensions fondamentales de la sécurité des enfants et décrivent la façon dont elles interviennent dans les principales menaces à la sécurité qui pèsent sur les enfants aujourd’hui.

Les enfants et les conflits armés

Les enfants touchés par les hostilités

Les conflits armés ont de profondes répercussions sur la vie, la survie et le développement des enfants. La guerre a de lourdes conséquences pour la vie des enfants, qui ont de multiples facettes et s’infiltrent un peu partout. Entre 1945 et 1992, il y a eu 149 grands conflits armés qui ont tué plus de 23 millions de personnes. Selon l’UNICEF, les conflits de la dernière décennie ont tué près de 2 millions d’enfants, en laissant de 4 à 5 millions d’autres handicapés, 12 millions sans abri et plus d'un million séparés de leurs parents.

De nombreux conflits, malgré leur faible intensité, déstabilisent les infrastructures sociales et compromettent systématiquement la sécurité des gens dans leur vie quotidienne. Les civils, au lieu d’être des combattants, sont souvent les principales cibles. Dans le conflit « à faible intensité » au Nicaragua, c’est la population, et non le territoire, qui constitue la cible et la guerre psychologique joue un rôle central (Summerfield et Toser (1991), p. 85). Les services et les institutions qui protègent les enfants et leur famille font fréquemment l’objet d’attaques. Dans des tentatives délibérées de faire du mal aux civils, les hôpitaux, les services de santé, les écoles et les églises sont souvent attaqués et détruits de manière systématique.

L’évolution et les stratégies de la guerre ont multiplié les risques pour les enfants. Les guerres se livrent de plus en plus au sein des États et la prolifération des mines terrestres et des armes légères expose les enfants à une violence soutenue et omniprésente. Dans de nombreuses zones de conflit, pour chaque enfant qui meurt des suites d’attaques armées, il y en a trois fois plus qui se retrouvent grièvement blessés ou handicapés (Nations Unies, 1996).

Des armes légères et simples permettent d’exploiter les enfants comme combattants dans les batailles. Dans cette région de conflit, on peut acheter une mitrailleuse légère pour le même prix qu’un poulet et un enfant de dix ans peut démonter et charger cette même arme en l’espace de quelques minutes. 

La guerre n’entraîne pas seulement des dangers sur le plan physique, mais aussi une exposition à la violence, ainsi que la perte et la perturbation des rapports avec les soignants et les réseaux de soutien. L’UNICEF estime que 10 millions d’enfants ont vécu un « traumatisme » psychologique ou un sentiment de détresse en raison de la guerre. La guerre interrompt la prévisibilité et la structure de la vie quotidienne. Les possibilités qu’ont les enfants de fréquenter l’école et d’acquérir les compétences leur permettant de réussir sont détruites ou minées, ce qui annihile fréquemment leur espoir dans l’avenir. Les répercussions psychologiques de la guerre sur les enfants n’ont toujours pas été suffisamment étudiées. Toutefois, ces répercussions à plus long terme présentent de graves obstacles à la reconstruction des vies des enfants et de leur communauté.

Les inquiétudes croissantes relatives aux énormes conséquences de la guerre pour la vie des enfants a incité le Secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali, à nommer un Représentant spécial, Graça Machel, ancienne première dame du Mozambique, pour qu’elle fasse enquête sur les répercussions des conflits armés sur les enfants. Depuis son lancement en novembre 1996, l’étude des Nations Unies sur les répercussions des conflits armés sur les enfants a accru la sensibilisation aux besoins des enfants touchés par la guerre. En raison de son importance, cette question a donné lieu à un certain nombre de mesures, dont la nomination d’un représentant spécial du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, Olara A. Otunnu. Le Représentant spécial s’acquitte d’un mandat ambitieux en collaboration avec l’UNICEF, d’autres organismes de l’ONU et des ONG. Ses travaux ont montré que bon nombre des pires répercussions de la guerre sur les enfants peuvent être atténuées ou même prévenues au moyen d’interventions pertinentes et opportunes, et d’un soutien approprié. Cette sensibilisation croissante à la façon d’améliorer la protection des droits et du bien-être des enfants touchés par la guerre doit être prise en compte dans les nouvelles stratégies de sécurité.

Enfants déplacés

Le nombre de personnes réfugiées et déplacées dans leur propre pays est l'un des meilleurs moyens de mesurer les répercussions des conflits armés sur les civils et sur les enfants. Même si les années 1990 ont vu une diminution considérable du nombre de réfugiés, 40 millions de personnes, le quart du total dans le monde, sont actuellement déplacées en raison de conflits ou de violations des droits de la personne (Machel, 2000). De 20 à 25 millions de ces personnes ont été déplacées à l’intérieur de leur propre pays (Bagshaw, 2000).

La vie des enfants subit des modifications très profondes du fait du déplacement. La majorité des personnes déplacées se compose de femmes et d’enfants; ils constituent une proportion pouvant atteindre 80 % de certaines populations de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Le déplacement déracine les communautés et détruit les réseaux sociaux qui protègent les enfants. Le fait de vivre dans un camp de réfugiés ou de personnes déplacées à intérieur de leur pays pose de grandes menaces. Le surpeuplement des camps accroît le risque de transmission de maladies infectieuses et peut rendre les femmes et les enfants vulnérables aux agressions sexuelles (Shanks & Schull, 2000).

Toutefois, les camps bien organisés, disposant d’un personnel suffisant, et sûrs présentent également des possibilités de rehausser la sécurité des enfants. On peut recréer des milieux sûrs et soutenant les enfants, et ce, même dans des conflits de zones, en établissant des « aires amicales pour les enfants ». Les camps de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays peuvent également servir à l’exécution de programmes d’éducation, de santé et psychosociaux là où il n’en existait pas auparavant

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Des modifications récentes des politiques, comme la résolution 1314 du Conseil de sécurité, prévoient des protections précises et un accès humanitaire aux réfugiés et aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, en accordant une attention particulière aux enfants. Le document d’examen Machel reconnaît que les risques que courent les enfants dans ces situations sont liés les uns aux autres. Le document a fait ressortir que sans soutien spécial, les enfants déplacés ne survivront pas au surpeuplement, à la mauvaise hygiène, au manque de nourriture et à l’eau insalubre. Des approches multisectorielles de la santé, de la nutrition, des droits des enfants et de la protection des enfants sont le seul moyen de protéger les enfants dans ces circonstances (Machel, 2000). Les dimensions fondamentales de la sécurité des enfants doivent être à l’avant-plan des efforts dans les situations de déplacement. De cette façon, une expérience par ailleurs indésirable peut donner l'occasion d’améliorer les fondations de la vie, de la survie et du développement des enfants.

Enfants soldats

Les trois principales raisons pour lesquelles les jeunes deviennent des enfants-combattants sont le recrutement forcé, le recrutement coercitif et la participation volontaire, selon une étude de 1996 (Goodwin-Gil et Cohn 1996). Étant donné que les infrastructures sociales sont détruites dans les conflits d’aujourd’hui, l’adhésion à un groupe militaire peut être une option irrésistible pour des jeunes qui ont besoin d’assurer leur protection et leur survie. Pour les auteurs de la violence, les enfants constituent des recrues attrayantes. Les travailleurs des services à l’enfance et les conseillers interviewés dans un rapport sur les enfants-combattants au Libéria (Human Rights Watch Africa, 1994) énumèrent de nombreuses raisons pour lesquelles les enfants font de bons soldats : ils sont extrêmement obéissants, souvent ils sont sans peur dans la bataille et il est facile de les manipuler. Un observateur a révélé que les enfants sont faciles à commander… ils disposent d’excès d’énergie que l’on peut utiliser… et ils peuvent supporter des conditions que les adultes ne peuvent endurer (p. 24).

Le statut des enfants-combattants est régi par un certain nombre d’instruments internationaux, dont la Convention de 1989 relative aux droits de l’enfant, le Protocole facultatif rattaché à la Convention relative aux droits de l’enfant, les Conventions de Genève de 1949 et les Protocoles additionnels de 1977 et, en Afrique, par la Charte de 1991 des droits et du bien-être de l’enfant. En vertu de ces instruments, les États s’engagent à garantir que les personnes de moins de quinze ans (dans certains cas, de moins de 18 ans) ne prennent pas directement part aux hostilités. Les États s’engagent aussi à prendre toutes les mesures appropriées afin de favoriser la réadaptation physique et psychologique et la réinsertion sociale des enfants soldats.

Le message retentissant de Graça Machel dans son rapport au Secrétaire général était que « les enfants n’ont pas de place dans la guerre ». En dépit de l’évidence de cette affirmation pour certains, elle est vivement contestée pour des motifs culturels et politiques. Nul ne peut nier la triste réalité : dans les quelque 145 conflits armés qui ont proliféré depuis 1945, les enfants ont été touchés par les combats et ils y ont activement participé. D’ici à ce que nous puissions appliquer des normes internationales interdisant les enfants-combattants et présenter des possibilités plus positives aux jeunes pour qu’ils puissent garantir leur propre sécurité par d’autres moyens, le problème des enfants-combattants persistera.

Enfants de la rue

Lorsque les relations avec les soignants sont perturbées ou deviennent malsaines, les enfants peuvent chercher à s’en tirer en recherchant des liens et des rapports ailleurs. Les recherches sur les enfants de la rue révèlent que les enfants sans abri et abandonnés établissent leurs propres réseaux sociaux pour qu’ils leur fournissent le soutien émotif et pratique dont ils ont besoin pour survivre. Ces nouvelles méthodes d’adaptation, toutefois, peuvent créer un affrontement avec les vues traditionnelles des enfants dans la société touchée (Ennew 1995). De ce fait, les enfants de la rue sont souvent perçus comme un fléau urbain, plutôt que comme des sujets de droits tentant de faire face aux pressions sociales et économiques, et au manque d’une famille s’occupant d’eux. Ces enfants sont souvent « problématisés » (Dos Santos, 2001) ou on en fait des boucs émissaires de crimes pour justifier des « opérations de nettoyage » et des exécutions sommaires par les forces de police (Ennew, 1995).

Pleins feux : enfants de la rue, enfants dans la rue

Des études récentes sur les enfants de la rue au Brésil révèlent que « les enfants de la rue » (enfants pauvres et de la classe ouvrière qui se servent des rues comme espace de vie, de travail et de récréation) tendent à conserver certains liens avec leur famille d’origine (Moulin et Pereira, 2000). Une conférence de 1989 sur les enfants de la rue à Bogotá a fait une distinction entre les enfants de la rue et les enfants dans la rue. On a défini les enfants de la rue comme étant ceux qui revendiquaient les rues « comme étant leur principal lieu de résidence en remplacement de la famille —même si des liens ténus demeurent ». Pour ces enfants, bien que dangereuse, la vie dans les rues est devenue leur « première source de croissance et de stabilisation » (p. 49).  Les enfants dans la rue sont des « enfants dans une stratégie de survie » (ibid.). Cela signifie que ces enfants et adolescents, même s’ils conservent des liens avec leur famille d’origine, se livrent à des activités pour assurer leur « survie ». Ces activités peuvent impliquer la participation à des économies formelle, informelle et même illégale (ibid.). Ces enfants travaillent pour survivre. Encore une fois, on peut considérer que le « problème » des enfants de la rue est une tentative des enfants, et parfois de leur famille, de s’adapter à des contraintes auxquelles ils ne peuvent sinon résister.

Exploitation sexuelle des enfants et violence sexuelle

Des périodes d’instabilité créent souvent une augmentation du trafic des femmes et des petites filles en raison d’un assouplissement des contrôles et des solutions de rechange limitées qui s’offrent aux personnes de sexe féminin dans de nombreuses régions touchées par la guerre et la violence. La prostitution infantile est associée à la manipulation, mais elle peut simultanément être une stratégie de survie employée par les petites filles qui n’ont pas d’autre choix pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. À certains endroits, les familles vendent leurs filles qui deviennent des esclaves sexuels, ce qui est une stratégie pour assurer la survie économique de la violence. Même les forces internationales de maintien de la paix peuvent être des consommateurs de prostitution infantile et participer à l’exploitation sexuelle des enfants dans un certain nombre des zones les plus pauvres et les plus ravagées par des conflits du monde. Tous les domaines de la sécurité des enfants, en commençant par la sécurité physique, les besoins physiologiques de base, l’accès à l’éducation et à des moyens de subsistance, et les liens et relations communautaires, sont touchés dans l’exploitation sexuelle des enfants.

Pleins feux : violence sexuelle et exploitation sexuelle des enfants

La violence sexuelle, particulièrement contre les petites filles et les jeunes femmes, est une dimension extrêmement importante de l’insécurité des enfants, notamment si on tient compte de ses conséquences souvent non détectées. Les agressions sexuelles contre les enfants sont liées à une gamme de répercussions physiques, sociales, émotives et éducatives (Ticket & Putnam, 1998). Même si les agressions sexuelles et la violence touchent aussi bien les garçons que les petites filles, les petites filles et les jeunes femmes en sont le plus fréquemment victimes. La plupart des études occidentales font état d’une prévalence beaucoup plus élevée des agressions sexuelles contre les petites filles que contre les garçons, le ratio étant de 4 petites filles agressées pour chaque garçon agressé (ibid.). Pendant les guerres et les conflits civils, les petites filles et les femmes sont particulièrement vulnérables au viol et à d’autres formes de violence sexuelle (Swiss, 1998; Shanks & Schull, 2000). Avec l’accroissement des voyages internationaux et les  nouvelles voies de communication par Internet et d’autres médias, l'exploitation sexuelle internationale des enfants, industrie en plein essor, et le trafic des petites filles et des femmes sont maintenant prospères. Des données récentes indiquent qu’Internet est devenu un médium de plus en plus important pour l’exploitation des enfants. Les trafiquants et les pédophiles peuvent se servir de ces nouvelles technologies pour mettre en place des réseaux d’activités prédatrices et illégales (Newsweek, 2001). Des informations en provenance du Kosovo et de la Tchétchénie révèlent que les familles protègent étroitement leurs filles, craignant la menace réelle de leur enlèvement en vue d'un esclavage sexuel. Cette forme d’insécurité est particulièrement dure pour les filles, dont la liberté et le droit de s’intéresser à l’éducation et à d’autres activités peuvent être restreints en conséquence. 

Activités criminelles

Des jeunes peuvent se tourner vers la criminalité pour trouver des stratégies afin de survivre au dénuement et au manque de possibilités. La participation de groupes marginalisés, comme les enfants de la rue, à des activités criminelles révèle l'absence de solutions de rechange pour répondre à leurs besoins fondamentaux et les protéger. Les jeunes peuvent également se joindre à des bandes comme moyen de retrouver un sentiment d’identité ou 'appartenance.  Les bandes d’adolescents peuvent se livrer à des actes de violence graves. Des éléments de preuve en provenance de Cali, en Colombie, révèlent que plus d’un dixième des homicides ont été réalisés par des bandes d’adolescents (De Roux 1994). Les adolescents ont également formé la majorité des tueurs à gages, appelés « sicarios », qui ont été responsables d’un tiers des meurtres à Cali. Les premiers efforts pour lutter contre la violence des bandes ont reconnu la nécessité de faire participer les jeunes aux consultations et aux prises de décisions et, en 1993, le « Pacto Social por la Convivencia » (Pacte de coexistence sociale) a été signé par des responsables gouvernementaux et des membres de quatre bandes de jeunes. Le pacte indique qu’il était important de reconnaître et de consulter les membres des bandes dans la recherche de solutions et de faire participer les adolescents eux-mêmes à la conception de propositions de négociations. En outre, la communauté a participé au processus de négociations et, enfin, on reconnaît dans le pacte l’importance de la bande pour que les adolescents renforcent leur sentiment d’identité et de sécurité (ibid.).

IV - Conclusion

Notre document a passé en revue les diverses dimensions de la sécurité des enfants. Il a illustré avec des exemples concrets l’importance de ces dimensions et des menaces à la sécurité des enfants, ainsi que l’importance des stratégies élaborées par les enfants eux-mêmes pour faire face à ces menaces.

Lorsque la mondialisation estompe les frontières de l’expérience sociale et humaine dans le monde entier, la sécurité des enfants et l’expérience de l’enfance elle-même subissent des transformations de première importance dans de nombreuses parties du monde. Un certain nombre d’instruments internationaux existent aux fins de la promotion des droits des enfants et de leur protection. Mais lorsque des normes internationales et les efforts des États, n’arrivent pas à combler les besoins fondamentaux de sécurité des enfants, de nombreux jeunes se retrouvent dans l’obligation de survivre et de s’en tirer tout seuls.

 

Il faut voir dans les enfants des agents qui se comportent en leur propre nom. Ils détiennent également des droits très fragiles dans des situations d’insécurité et de conflit. Les enfants eux‑mêmes, particulièrement les adolescents, jouent un rôle clé à la fois dans la fragilisation et l’édification de la sécurité humaine. La non-garantie des éléments fondamentaux de la sécurité des enfants accroît le risque que ceux‑ci ne soient entraînés dans les stratégies d’adaptation les plus périlleuses et les plus nuisibles. Les tentatives d’adaptation des enfants ne doivent pas être ignorées ni minimisées. Lorsqu’ils prennent des formes positives, ces efforts peuvent constituer les composantes de base de la survie et d’un développement sain. Notre engagement envers les enfants doivent aller au-delà du simple fait de subvenir à leur survie physique. En particulier, nous devons être conscients de la nécessité de maintenir les liens des enfants avec leur communauté et réaliser que, pour survivre, ceux‑ci doivent pouvoir développer tout leur potentiel et ne pas perdre de vue leur avenir.

RECOMMANDATIONS

Recommandations à l’intention des membres du Réseau de la sécurité humaine en vue
d’améliorer la sécurité des enfants

Les recommandations qui suivent ont été élaborées d’après les recherches en cours et elles illustrent, sans prétendre à l'exhaustivité, les stratégies de sécurité humaine qui présentent le plus de pertinence pour les enfants.

Mettre l’accent sur les dimensions fondamentales de la sécurité des enfants :

- Lorsqu’ils s’attaquent à la source de l’insécurité des enfants, les membres du Réseau de la sécurité humaine devraient :

- Évaluer les répercussions de l’instabilité sur la sécurité des enfants en guise de guide de la prévention et des interventions.

- Repérer les stratégies de survie des enfants en qualité d’indicateurs rapides de l’insécurité des enfants

.

- Identifier et combattre la manipulation dangereuse par d’autres des stratégies d’adaptation des enfants.

- S’attaquer aux menaces fondamentales à la sécurité des enfants de manière holistique, en comprenant l’interdépendance essentielle de ces dimensions de la sécurité des enfants.

- Élaborer des mécanismes en vue de la participation véritable et soutenue des jeunes, de leur famille et de leur communauté à des initiatives en matière de sécurité humaine qui ont des incidences sur leur vie.

- Le développement des enfants étant un processus à long terme, concevoir des stratégies en faveur de la sécurité des enfants qui soient à long terme et durables; éviter les approches ponctuelles de courte durée.

- Soutenir les pratiques communautaires de base pour protéger les enfants (les efforts communautaires visant à élargir le lien avec la communauté et les soutiens sociaux pour les enfants, les initiatives de la base ayant pour objectif de promouvoir la santé, l’apprentissage, la sécurité ou des réformes juridiques pour assurer la protection des enfants).

- Reconnaître et soutenir les pratiques traditionnelles, ainsi que les normes et valeurs communautaires, afin de rehausser la sécurité des enfants.

- Reconnaître et soutenir les stratégies de survie positives et faisant appel à l’adaptation utilisées par les jeunes et leur famille.

Mettre l’accent sur les besoins précis de sécurité des enfants dans des conflits armés :

Lorsqu’ils s’attaquent à la source de l’insécurité des enfants, les membres du Réseau de la sécurité humaine devraient :

- Veiller à ce que les besoins des enfants figurent sur les programmes des processus de reconstruction et de paix (p. ex., les projets d’accords et des fonds de délégués pour renforcer la sécurité des enfants au moyen de la protection juridique et la promotion de leurs droits, et renforcer les organismes s’occupant de santé, d’éducation, de services sociaux et de protection des enfants).

- Soutenir et promouvoir la participation des jeunes aux décisions qui ont des incidences sur eux, en prenant en considération leurs capacités en évolution et leur intérêt supérieur, conformément à ce qui est énoncé dans la CRDE. En particulier, fournir aux adolescents des occasions de mettre en œuvre leurs capacités dans des négociations de paix, la consolidation de la paix et les processus de reconstruction.

- Accorder un accès correctif à des possibilités éducatives et professionnelles en faveur des enfants touchés par une insécurité prolongée et par la perturbation des possibilités.

- Reconnaître le lien entre la perte de possibilités, comme le manque d’éducation, les effets nocifs sur la santé mentale et les risques persistants d’insécurité.

- Élargir la définition des interventions psychosociales en faveur des enfants touchés par la guerre, de manière à intégrer des efforts de rétablissement de la structure, de la sécurité et des soutiens sociaux à l’intention de populations entières de jeunes (p. ex., des programmes d’éducation d’urgence) qui aient une large approche et qui soient conçus pour atténuer des expériences potentiellement traumatisantes

- Reconnaître le caractère interdépendant de la sécurité des enfants dans le financement et la planification des décaissements des programmes d’aide humanitaire. Éviter d’isoler une dimension ou d'accorder la priorité à l'une d'elles plutôt qu'aux autres; favoriser les interventions multisectorielles, intégrées et durables.

- onsulter les jeunes et respecter leurs inquiétudes en matière de sécurité dans la planification de processus de paix et dans la négociation d’accords de paix. Canaliser les capacités des adolescents dans les processus de paix, la consolidation de la paix et la reconstruction au moyen d’une participation guidée et soutenue à toutes les phases des conflits (alerte rapide, conflit en activité, période postérieure au conflit et reconstruction).

- Examiner et contrer les pressions incitant les enfants à s’engager comme combattants. Veiller à ce que les processus de démobilisation, de désarmement et de réadaptation s’attaquent aux dimensions clés de la sécurité des enfants.

Mettre l’accent sur les besoins précis de sécurité des enfants dans d’autres situations difficiles :

Lorsqu’ils s’attaquent à la source de l’insécurité des enfants, les membres du Réseau de la sécurité humaine devraient :

- Identifier et tenir responsables les tierces parties coupables de la manipulation et de l’abus des enfants, et de la négligence de leurs droits, particulièrement en ce qui concerne les stratégies de survie dangereuses que les enfants utilisent (p. ex., prostitution infantile, agir comme combattants armés et des formes dangereuses de travail des enfants).

- Respecter les multiples formes de familles, y compris la reconnaissance des ménages dirigés par les enfants et les ménages sous la direction de soignants âgés; travailler avec, plutôt que contre, les stratégies de survie des jeunes, particulièrement aux fins de la distribution de l’aide et de la prestation des services.

- Élaborer des initiatives de réadaptation sexospécifiques à l’intention des petites filles touchées par l’exploitation sexuelle en s’occupant de leur sécurité, de leur santé physique et mentale, leur lien à des relations saines qui les soutiennent, et leur possibilité de rechercher l’autonomie au moyen de l’éducation et de l’acquisition de compétences

.

- S’attaquer aux stratégies de survie dangereuses, comme les enfants qui vivent dans la rue, dans des bandes ou s’adonnent à d’autres activités criminelles, au moyen d’interventions intégrées avec l’adhésion des services de santé, des services sociaux, de la justice juvénile, de l’éducation et des dirigeants communautaires, comme les organisations religieuses et non gouvernementales.

- Promouvoir le renforcement des capacités en matière de surveillance et de protection des droits des enfants au sein des organisations communautaires de la base et des organisations non gouvernementales qui s’occupent des besoins de sécurité des enfants dans des circonstances particulièrement difficiles.

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1  Theresa Stichick est coordonnatrice de la recherche sur les enfants et les conflits armés au Harvard Program on Humanitarian Policy and Conflict Research (Programme de Harvard sur la politique humanitaire et la recherche sur les conflits) et candidate au doctorat à la Harvard School of Public Health (École de santé publique de Harvard).

2  Claude Bruderlein est directeur du Harvard Program on Humanitarian Policy and Conflict Research and conférencier en droit à la Faculté de droit de Harvard (Harvard Law School).

Le Programme sur la politique humanitaire et la recherche sur les conflits de l’université Harvard est un nouveau programme sur les recherches et les politiques qui se spécialise dans les services de recherches et consultatifs sur les opérations humanitaires et la protection de civils dans les zones de conflit. Le programme conseille des organisations comme les Nations Unies, des gouvernements et des acteurs non gouvernementaux; il met l’accent sur la protection des groupes vulnérables, la prévention des conflits, la planification stratégique en matière de sécurité et humaine et le rôle de la technologie de l’information dans la réaction à des situations d’urgence. En ce qui concerne les enfants, les travaux du programme sont axés sur les éléments précis de vulnérabilité des enfants et sur leur fardeau particulier dans des situations de crise humanitaire.

* Les vues exprimées dans le présent document sont celles des auteurs et elles ne traduisent pas nécessairement les opinions du ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international.


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Mis à jour:
le 14 juin 2005
 
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