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ACDI/CIDA
 
Statements

Débat ouvert du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité

Allocution par
la sénatrice Mobina Jaffer

au nom du Réseau de la sécurité humaine

(New York, le 28 octobre 2004)

Monsieur le Président,

Je suis heureuse de prendre la parole aujourd’hui au nom du Canada, qui assure actuellement la présidence du Réseau de la sécurité humaine, groupe inter-régional dont font partie l’Autriche, le Chili, la Grèce, l’Irlande, la Jordanie, le Mali, la Norvège, les Pays-Bas, la Slovénie, la Suisse et la Thaïlande, ainsi que l’Afrique du Sud en qualité d’observateur. Au nom des pays membres du Réseau de la sécurité humaine, je tiens à remercier le Royaume-Uni de présider ce débat ouvert sur les femmes, la paix et la sécurité – enjeux prioritaires pour le Réseau – et à saluer les exposés captivants faits aujourd’hui. Les représentants autour de cette table reflètent le savoir-faire à la disposition du système des Nations Unies, et illustrent la nécessité de travailler en coopération avec les divers organes de l’ONU.

Je tiens à remercier également le Secrétaire général pour son précieux rapport, qui souligne les progrès que nous avons réalisés et les défis auxquels nous demeurons confrontés s’agissant de la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.

Tout en prenant note avec satisfaction du travail que l’ONU a déjà accompli en vue d’accroître la représentation des femmes dans toutes ses institutions, nous appelons l’attention sur la nécessité d’en faire plus dans ce domaine, particulièrement en vue de renforcer la représentation des femmes à tous les niveaux décisionnels, notamment parmi les observateurs militaires, les policiers civils, les soldats de la paix, les responsables des droits de l’homme et de l’aide humanitaire dans le cadre des opérations de l’ONU sur le terrain, ainsi que les représentants spéciaux du Secrétaire général. Les pays qui mettent des effectifs à contribution dans le cadre d’opérations de soutien de la paix doivent, quant à eux, établir une base de recrutement viable comportant l’admission de femmes dans leurs services militaires et policiers ainsi qu’une formation antisexiste adéquate destinée à l’ensemble du personnel.

Les membres du Réseau de la sécurité humaine se félicitent de la Conférence sur l’égalité de traitement des hommes et des femmes dans les situations postérieures aux conflits, intitulée « La paix a besoin des femmes, et les femmes ont besoin de la justice », tenue du 15 au 17 septembre 2004 à New York sous les auspices de l’UNIFEM et de l’International Legal Assistance Consortium. Les conclusions et recommandations de la Conférence constituent une précieuse contribution en vue d’une meilleure compréhension de l’importance que revêt l’égalité de traitement des hommes et des femmes dans le contexte de la mise en œuvre globale et efficace de la résolution 1325.

Mes observations d’aujourd’hui porteront sur un aspect clé du suivi de la résolution 1325, soit la violence sexiste.

Il est extrêmement préoccupant que la violence sexiste, y compris l’exploitation et la violence sexuelles, soit devenue omniprésente dans les conflits. Nous savons que des centaines de milliers de femmes et de filles sont violées dans les situations de conflits armés, et que l’exploitation sexuelle continue d’être utilisée dans de nombreux pays comme une arme de guerre. Nous savons aussi qu’il y a eu une augmentation spectaculaire de la violence familiale dans les zones de conflits actuels ou récents. En juin dernier, dans son rapport sur la protection des civils dans les conflits armés, le Secrétaire général a fait valoir que nous « manquons à notre obligation collective de protéger les femmes et les enfants contre les horreurs croissantes de la violence sexuelle et sexiste ». Il incombe au Conseil de sécurité de coopérer avec les pays et les gouvernements, là où il en existe, pour donner suite à ces crimes.

Tandis que nous soulignons le quatrième anniversaire de la résolution 1325, et que nous envisageons d’autres engagements importants qui se rapportent notamment à la protection des civils et des enfants dans les conflits armés, ainsi que des jalons majeurs, y compris l’examen, dix ans plus tard, de la Conférence de Beijing sur les femmes tenue en 1995, il est temps, plus que jamais, de mener une action ferme et concertée dans toutes les situations de conflit et dans la reconstruction postérieure à un conflit. Tandis que la communauté internationale poursuit ses efforts dans les pays nommés dans le rapport du Secrétaire général, elle ne peut pas faillir à ses engagements.

D’importants progrès ont été réalisés en vue d’établir un cadre international pour remédier à la violence sexiste dans les conflits armés. Ces dix dernières années, on s’est attaché de façon plus systématique à l’élaboration de normes internationales visant à enrayer la violence à l’égard des femmes, et à développer le droit international humanitaire en vigueur, y compris les Conventions de Genève. Le résultat le plus tangible de ces efforts est le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui définit expressément le viol et d’autres formes de violence à l’égard des femmes en tant que crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a statué ultérieurement que l’établissement d’un « climat de violence sexuelle », par exemple en proférant des menaces sexuelles humiliantes, en violant des jeunes filles, et en séquestrant des femmes et en les « prêtant » à des fins de viol et de violence sexuelle, constitue un crime.

Nous savons que la responsabilité des actes de violence sexuelle et sexiste représente un aspect important de l’égalité de traitement des hommes et des femmes, particulièrement dans le contexte des conflits armés. Le développement de la jurisprudence et l’exercice de poursuites pénales contre les auteurs d’actes de violence à l’égard des femmes et des filles devant les institutions judiciaires internationales, régionales et nationales revêtent une importance capitale dans la lutte contre l’impunité en ce qui concerne les actes de violence sexiste. Nous engageons vivement l’ONU à renforcer l’ensemble des procédures et mécanismes permettant de faire enquête et rapport sur les cas de violence à l’égard des femmes dans les conflits armés, et d’intenter des poursuites pénales.

Néanmoins, aussi essentiel soit-il d’élaborer des normes, celles-ci doivent s’accompagner d’efforts concertés visant à en assurer l’application, la surveillance et l’évaluation. Ainsi que l’a déclaré le Rapporteur spécial sur la violence à l’égard des femmes, si les dix dernières années ont été consacrées à l’établissement de normes et à des activités de sensibilisation relatives à ce problème, les dix prochaines années doivent être consacrées à l’élaboration et à la mise en œuvre de stratégies permettant de protéger efficacement les femmes et les filles contre la violence. Le système des Nations Unies – y compris le Conseil de sécurité – a un rôle essentiel à jouer à cet égard, particulièrement dans les situations de conflits actuels et récents. À cet égard, nous devons nous montrer déterminés, vigilants et constants dans nos efforts. Et le Conseil de sécurité doit prendre les devants à cet égard.

Les membres du Réseau de la sécurité humaine ont accueilli favorablement la publication, l’an dernier, du bulletin du Secrétaire général sur les mesures spéciales de protection contre l’exploitation et la violence sexuelles. Ce bulletin offre un cadre de responsabilisation dont le système des Nations Unies a grandement besoin. Il donne en outre des directives importantes à l’intention des États. Dans le même ordre d’idées, le Réseau souscrit aux travaux du Comité permanent interorganisations sur la violence et l’exploitation sexuelles, et aux efforts déployés par les différents organismes pour élaborer des politiques et des mesures visant à accroître la responsabilité à cet égard. Nous saluons le travail effectué par le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies en vue d’élaborer une stratégie sur la violence et l’exploitation sexuelles impliquant des soldats de la paix de l’ONU.

Les membres du Réseau ont pris note avec intérêt des délibérations du Comité spécial sur le maintien de la paix consacrées à la violence sexiste et à la conduite des soldats de la paix. Nous appelons tous les pays fournisseurs de contingents à veiller à ce que leurs soldats de la paix respectent dans le cadre de leur déploiement les normes de conduite les plus élevées, et à ce que des mesures disciplinaires appropriées soient mises en place et appliquées lorsque des soldats de la paix ne respectent pas ces normes. Une politique ferme et dynamique de tolérance zéro à l’égard de la violence sexiste est cruciale.

Monsieur le Président,

La communauté internationale reconnaît qu’il faut associer des spécialistes des questions de parité entre les sexes à tous les niveaux et pour tous les aspects des opérations de paix, y compris les enquêtes techniques et les concepts d’opération, l’entraînement, la dotation et les programmes. L’absence de telles compétences et de l’appui des hauts dirigeants entrave considérablement les efforts que nous déployons en vue de remédier efficacement à la violence sexiste. Pour que nos stratégies soient efficaces, elles doivent prendre appui sur les compétences de femmes qui font partie de la population civile. Comme l’a fait observer le Secrétaire général, il nous faut reconnaître la portée des violations des droits humains des femmes et des filles dans les conflits armés, et tenir compte, dans la planification et l’exécution de toutes les opérations de soutien de la paix, de la nécessité de réagir face à la violence sexuelle et sexiste, notamment en assurant plus efficacement la protection physique et la surveillance, ainsi que le signalement des incidents constatés.

À cet égard, nous prions instamment le Conseil de sécurité de se montrer vigilant et de dénoncer de façon plus systématique les cas de violence sexuelle et sexiste à grande échelle dans des conflits précis. Le Conseil de sécurité doit également se tenir prêt à réagir à cette violence dans l’établissement des mandats de soutien de la paix, et veiller à ce qu’une démarche antisexiste soit intégrée dans l’ensemble des travaux des équipes de pays des Nations Unies. Nous engageons en outre le Conseil à s’assurer que le mandat de ses missions sur le terrain comporte, s’il y a lieu, une évaluation de la violence sexuelle et sexiste, et à rencontrer les groupements et réseaux locaux de femmes pour prendre connaissance de leur point de vue. L’efficacité des camps, des installations de désarmement, de démobilisation et de réinsertion et des infrastructures connexes repose dans une large mesure sur une conception physique prenant en compte la participation des femmes dans les conflits modernes, notamment dans le rôle de combattant.

En conclusion, les membres du Réseau prient instamment le Conseil d’accorder toute son attention au rapport du Secrétaire général et à la mise en œuvre des recommandations qui y sont formulées. Nous tenons en particulier à souligner les projets du Secrétaire général en ce qui concerne les stratégies d’ensemble et plans d’action visant à mettre en œuvre divers éléments de la résolution 1325, et à leur témoigner notre appui.

Nous vous remercions, Monsieur le Président, pour le débat d’aujourd’hui qui nous donne la possibilité de comparer nos actions avec celles du Conseil en ce qui a trait à la mise en œuvre de la résolution 1325 afin d’éliminer la violence sexiste. C’est l’occasion pour nous de réaffirmer vigoureusement notre attachement aux principes de la résolution 1325 et à l’obtention de résultats tangibles.

Je vous remercie, Monsieur le Président.


 English


Mis à jour:
le 14 juin 2005
 
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